‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 105 sur 209 · LIVRE XX U · texte numérisé non relu

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ce qu’ils avaient de plus faible j ils n’élaient forts <pe lorsqu’ils cherchaient leur appui plus haut; les croisades devinrent pour eux comme un levier, dont ils se servirent pour s’elever; mais on peut dire qu’ils s’y appuyèrent trop, et lorsque ce levier vint à leur manquer, leur autorité chancela. Cherchant à retrouver ce qu’ils avaient perdu , les papes firent, dans les quatorzième et quinzième siècles, d’incroyables efforts pour renouveler l’esprit des croisades; il ne s’agissait plus alors d’aller combattre les Sarrasins en Asie, mais de défendre l’Europe contre l’invasion des Turcs. Au milieu des périls de la chrétienté, la conduite des papes mérita les plus grands éloges , et le zèle qu’ils déployèrent n’a pas été assez apprécié par les historiens. Mais le temps de la ferveur des croisades était passé. Les succès qu’obtinrent les souverains pontifes ne furent jamais en proportion avec leurs efforts, et l’inutilité de leurs tentatives dut affaiblir l’idée qu’on avait de leur ascendant et de leur puissance.

La croisade des Albigeois leur procura peu d’avantages ( i) ; l’intolérance, qui enfanta cette guerre, provenait des croisades; l’inquisition, qui y prit naissance , réveilla plus de passions qu’elle n’en comprima. L’Église eut alors dans ce monde une justice qui se ressentait trop do la faible humanité, et qui n’avait rien de cette juridiction mystérieuse

(i) Voyea ce que nous avons <lil sur la croisade des Albi geois à la tin du xii«. livre de noire Histoire.

i3o HISTOIRE DES CROISADES.

«ît redoutable, que toutes les croyances ont placée dans la vie future.

Rien n’égale l’énormité des tributs qu’on imposait au clergé pour les guerres saintes (i). On ne levait pas seulement des décimes pour la croisade , mais pour toute tentative de croisade , non seulement pour les expéditions en Orient, mais pour toute entreprise contre les ennemis de la cour de Rome ; on en leva enfin sous les plus vains prétextes. Toute l’Europe adressa aux papes de vives récla-, mations; on se plaignait d’abord de la rigueur avec laquelle les âge ns des pontifes percevaient les tributs ; on se plaignit ensuite de leur infidélité dans l’emploi des trésors arrachés aux fidèles. Rien ne fut plus funeste à l’autorité pontificale que ces plaintes qu’on entendait de toutes parts , et dont s’arma enfin la redoutable hérésie de Luther.

L’histoire des papes, au moyen âge, achève de prouver ce que nous venons de dire. Leur domination alla toujours s’accroissant pendant un siècle, jusqu’à Innocent 111 ,* elle alla ensuite en déclinant pendant un autre siècle, jusqu’à Boniface VIII, époque où finissaient les croisades d’outre-mer.

Dans les derniers temps, les publicistes ont beaucoup parlé de la puissance des chefs de l’Eglise ; mais ils l’ont plutôt jugée d’après des systèmes que d’après des faits , d’après l’esprit de notre siècle que d’après l’esprit du moyen âge. On

(i) Nous aurons occasion de parler de ces tributs dans notre chapitre sur le clergé au moyen âge.

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