LIVRE XXU. i3i
a beaucoup valHé le génie des souverains pontifes; on l’a vanté surtout dans le dessein de faire ressortir davantage leur ambition. Mais si les papes avaient eu le génie et l'ambition <|u’on leui’ suppose, ou doit croire qu’ils se seraient d’abord occupés d’agrandir leurs Etats , et d’accroître leur aulorilc comme souverains. Cependant , ils n’y ont point réussi , ou ne l’ont point tenté. En effet, que pouvaient des hommes, la plupart parvenus à l’àge de caducité, que pouvaient des princes qui ne faisaient que passer sur le trône, pour affermir leur autorité et maîtriser les passions ardentes «les sociétés nouvelles? Parmi la foule des papes qui se succédaient, plusieurs étaient doués d’un génie supérieur ; d’autres n’avaient qu’une capacité médiocre; on voyait tour-à-tour sur la chaire de saint Pierre des hommes de tous les caractères et de tous les genres d’esprit ; cependant ces hommes, si différens par leurs goûts , leurs passions et leurs talons, voulaient tous et faisaienttous la meme chose; ils suivaient donc une impulsion qui n’était pas eu eux , et dont il faut clierchcr le mobile ailleurs <£uo dans la politique vulgaire des princes.
Une histoire curieuse serait celle qui retracerait dans le meme tableau l’empire spirituel et l’empire temporel des papes. Qui ne serait surpris d’y voir , d’un côté , une force à laquelle rien ne résiste cl qui va remuer le monde , une volonté toujours la même, qui se trausmetde ponliteen pontife comme un dépôt ou comme un héritage sacré; de r’aulrc , une politique faible ctchangeaulc coipmc l’homme.
a3a HISTOIRE DES CROISADES,
un pouvoir qui peut à peine se défendre contre les derniers de ses ennemis, et qu’à chaque moment le souffle des révolutions peut ébranler ? Dans ce parallèle , l’imagination serait éblouie , lorsqu’on lui représenterait un empire tel qu’on n’en a jamais vu sur la terre , et qui ferait croire que les papes n’appartenaient point à ce monde fragile et passager, une puissance que l’enfer ne peut abattre , que le monde ne peut corrompre , qui , sans le secours d’aucune armée , et par le seul ascendant de quelques paroles’, dompte plus de rois et se montre plus formidable que l’ancienne Rome avec toutes ses victoires ? Quel plus magnifique spectacle peut nous offrir l’histoire des empires? Mais dans l’autre partie du tablèau , qui ne serait ému de pitié , en voyant un gouvernement sans vigueur, une administration sans prévoyance , ce peuple, descendant du peuple-roi , conduit par un vieillard indolent et timide , la ville éternelle tombant en ruines , et comme cachée sous l’herbe ? Lorsqu’on voit , si près d’un pouvoir presque surnaturel, la faiblesse, l’incertitude , la fragilité des choses d’ici-bas , et l’humanité avec toutes ses misères , pourquoi ne serait-il pas permis de comparer I4 double puissance des papes à Jésus-Christ lui-méme , dont ils étaient les vicaires et les images sur la terre , à Jésus- Christ, dont la double nature nous présente d’un côté un Dieu rayonnant de splendeur, et de l’autre un simple mortel chargé de sa croix et couronné d’épines?
Si les primypaux traits de ce tableau ne man-