‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 109 sur 209 · LIVRE XXII. î · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. î

plus illustres ? Outre que les témoignages écrits étaient presque inconnus , l’idée de la véritable grandeur, l’itlée de ce qui fait l’illustration liislorique , ne frappait point encore assez les esprits. La chronique de Tours nous dit, avec une simplicité^ naïve, que Charlemagne fut appelé grand a. cause de son grand bonheur (i) ; ainsi les historiens confondaient, comme le vulgaire, la gloire avec la fortune. Dans ces temps barbares , on ne distinguait le plus souvent les hommes , meme les princes, que parles qualités physiques ou les défauts corporels. Pour se convaincre de cette vérité , il suflit de parcourir la liste des rois du moyen ûge, sur laquelle on trouve les noms de Pépin^le-Bref^ de Charles-le-Chauve , de GuiUaume-le-Roux y de Loïds-le-Gros y de Frédéric-Barberousse y et de plusieurs autres que leur siècle ne désignait que par ce qui frappait les yeux et tombait sous les sens grossiers. Rien de plus curieux pour l’observateur que de voir comment les vieux chroniqu<?urs font connaître les personnages dont ils racontent les actions. Ils n’oublient, dans leurs peintures, ni la couleur des cheveux, ni la stature , ni la physionomie des princes et des héros (2); et les portraits qu’ils nous en ont laissés (qu’on me permette cette comparaison), ressemblent bien moins à des peintures

(1) Chronique de Tours. {Biblioth. des Crois.)

(2) Guillaume de Tyr a tracé avec les détails les plus minutieux le portrait des héros qu’il a mis eu scène. ( liiblioth. des Crois. )

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rciracéos par riiisloir e, rp/à ces sigiialemcns qu'oa écrit de nos jours sur les passeports des voyageurs.

Quand la civilisation jeta ses premières lueurs, les idées morales de la grandeur se rattachèrent au nom des anciennes familles ; et la noblesse ne fut • véritablement instituée que lorsqu’on commença à sentir le prix de la gloire. Ce qu’il y a de certain, c’est que, dans les croisades, la noblesse acquit une illustration qu’elle n’avait point eue jusqu’alors (i). Ses exploits pour la cause de la chrétienté étaient bien autre chose que ces guerres de château à château , dont elle s’occupait en Europe. Elle trouva dès-lors ses archives dans l’histoire , et l’opinion que le monde avait de sa bravoure devint son plus beau titre.

Si on consulte les faits les plus authentiques et les opinions les plus probables , on doit croire que les distinctions de la noblesse furent d’abord fondées sur les grands offices, et principalement sur la propriété. C’est pour la terre que , dans le système féodal , on prêtait serment de foi et hommage, et qu’on réclamait la protection du souverain. Pour l’homme non-propriétaire , il n’y avait

(i) Les familles de Montmorenci , Adhémar , Hêracle de Folignac, Castillon , Châlillon, Cérisie, Montaigu, Vandeuil , Couci , Damas de Vichy, Mortemart, et beaucoup d’autres que nous pourrions citer , existent encore aujourd’hui. Les Mortemart ou Mortemer, que nous avons oublié de citer dans notre Histoire, parurent avec honneur dans presque toutes les croisades.

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