LIVRE XXII. a3ç
point de contrat, ppint de privilège ; il n’avait rien a donner , ni rien à recevoir. En France, iin grand propriétaire avait le titre de noble ; s^il était ruiné ou dépouillé , ses descendans retombaient dans la foule. Les chroniques nous parlent d’un Gauthier sans avoir ^ d’un Guillaume sans avoir ; il est probable qu’on désignait ainsi des nobles que l’indigence avait fait dégénérer, et dont le surnom conservait le souvenir d’une existence perdue , ou d’une fortune dissipée.
La propriété territoriale avait alors une telle influence sur l’état social , qu’il suffît de connaître les changemens qu’elle éprouva , pour juger les changemens survenus dans la société. « Dès qu’on a découvert, dit Robertson, l’état de la propriété a une certaine époque, on peut déterminer avec précision quel était en même temps le degré ‘de pouvoir dont jouissait alors le roi ou la noblesse (i). » Pendant les croisades , les lois ecclésiastiques et les lois civiles permirent aux nobles d’aliéner leurs domaines. Un grand nombre d’entre eux usèrent de ce funeste privilège , et n’hésitèrent point à vendre leurs terres (2) ; ce qui déplaça la propriété, et par conséquent la puissance.
(1) Robertson , Introduction à C histoire de Charles- Quint.
(2) Les nobles, privés de leurs domaines et de leur puissance territoriale, pouvaient être compares à ces grands cliêiies que l’orage déracine , et qui languissent dcssécliés sur la terre qui les. a long-temps nourris.
a4o HISTOIRE DES CROISADES.
Cependant les croisades ne furent pas sans fniit pour la noblesse ; on vit des genlilsliomines acquérir des principautés en Orient ; la plupart des villes de la Grèce et de la Syrie devinrent autant de seigneuries qui reconnurent pour maîtres des comtes et des barons enrôlés sous les drapeaux des guerres saintes ; quelques-uns, plus heureux, montèrent sur le trône de David ou sur celui de Constantin , et prirent place parmi les plus grands monarques de la chrétienté.
Les ordres militaires offrirent aussi quelques dédonimagemens à la noblesse pour les pertes qu’elle avait faites dans des guerres ruineuses. Ces ordres avaient d’immenses possessions en Occident et en Orient ; ils furent pour la noblesse européenne un asile dans la paix , et une école d’héroïsme dans la guerre.
Ce fut alors que s’introduisit l’usage des surnoms et des armoiries. Chaque gentilhomm&ajouta à son nom le nom do la terre ou le titre de la seigneurie qu’il possédait ; il plaça dans ses armoiries un signe qui distingua sa famille et rappela sa noblesse ; la généalogie devint hw science et consacra, par ses recherches , l’illustràtion des races. Quel que soit le prix qu’on attaché aii|oürd’hui à cette science , on doit avouer qu’elle jeta souvent un grand jour sur l’histoire des familles illustrés , et quelquefois sur l’histoire générale du pays auquel appartenaient ces familles.
Tout nous porte à croire que l’origine des surnoms , et surtout des armoiries est due aux croisé