‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 12 sur 209 · CROISADES J DE LA CRÉDULITÉ DES CROISÉS · texte numérisé non relu

CROISADES J DE LA CRÉDULITÉ DES CROISÉS

Nous avons souvent parlé, dans notre histoire , des visions et des miracles qui enllainniaient à-laf'ois la dévotion et la, bravoure des croisés. Leur crédulité était excessive sans doute, mais il faut avouer qu’elle n’avait rien de vulgaire. Un tremblement de terre , une aurore boréale , une comète chevelue, une éclipse de lune ou de soleil, étaient à leurs yeux des avertissemens ou des signes par lesquels Dieu leur manifestait sa volonté. Dans les périls de la guerre , souvent ils croyaient voir les saints et les anges descendre du ciel, et se mêler dans leurs rangs pour combattre les ennemis de Jésus-Christ. Les pèlerins s’étaient persuade's, comme nous l’avons dit, que la puissance divine devait sans cesse intervenir pour la cause qu’ils défendaient ou qu’ils croyaient défendre, et celte persuasion suffit pour nous montrer ce qu’il y avait de noble et d’élevé dans leur superstition.

Lorsqu’on a lu avec attention l’histoire des croi- « sades, on s’étonne que la magie occupe une si grande place dans la Jérusalem délivrée. JNous allons rappeler ici tous les fails qui peuvent

nvoir donné au Tasse la pensée d’employer ce genre de merveilleux. La plupart des chroniqueurs , et même les romanciers du douzième siècle^(i), s’accordent à nous parler de la mère de Kerbogalh, sulr tan de Mossoul. Celle princesse, nous disent-ils, qui avait vécu plus d’un siècle, se vantait de connaître l’avenir ; elle vint annoncer à son fils les malheurs qui le menaçaient s’il combattait les croisés. Celuici lui demanda comment elle savait qu’il allait être vaincu , et qu’il devait mourir dans l’année : « J’ai » contemplé, répondit-elle, le cours des astres, j’ai » interrogé les entrailles des animaux, et j’ai prati- » qué des sortilèges, n Comme elle insistait sur sa prédiction : « Ma mère, répliqua le farouche Ker- » bogath , ne me parles plus ainsi , car les Francs » ne sont point des dieux , et je veux les combatî) trc. » Le signal d’une bataille fut donné, et la princesse musulmane alla cacher son désespoir ])rophélique dans les murs d’Alep. Plusieurs hisloi’iens rapportent un autre fait de la même époque. Pendant le siège de Jérusalem, deux femmes SC montrèrent sur les remparts de la ville, et par des signes mystérieux, elles entreprirent de détruire l’cirel terrible d’une machine des chrétiens. « Lorsqu’elles commençaient leur pro- » fane conjuration, dit une chronique, une énor- » me pierre , lancée par la machine , les ren- » versa à terre, et leurs ?»mes furent renvoyées aux

(i) Tiidcbode , Raymond d’Agiles , Robcrl-le-Moinc , l’auuîur du Roman de Godefroi^ etc. {Dibliath. des Crois.)

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» enfers d’où elles étaient sorties (i). » Le dernier exemple que nous offre l’histoire se rapporte aux jours qui précédèrent la bataille deXibériade.Une esclave syrienne , montée sur une ânesse, fut surprise invoquant contre l’armée chrétienne la puissance des sortilèges et des maléfices; interrogée , elle ne dissimula point sou projet criminel : on la jeta au milieu d’un bûcher, d’où elle sortit sans être atteinte par les flammes; on finit par la tuer à coups de hache .V oilà les seuls exemples de magie qui nous

aient été rapportés par les historiens des croisades. Nous laissons à nos lecteurs le soin de juger si le chantre de Godefroi a passé les bornes de la vraisemblance dans la peinture , si poétique d’ailleurs, qu’il fait des charmes d’Ismène et des enchantemcns d’Armide,

Nous lisons, dans Odon de Deuil, que les croisés allemands ayant vu à Nicopolis uu homme qui jouait avec des serpens , le prirent pour un magicien et le mirent en pièces (3) ; ce qui prouve au moins que les soldats àe la croix ne respectaient guère la magie ni ceux qui l’exerçaient, Gilon, auteur d’un pocme historique sur la première croisade, nous apprend qu’au siège de Nicée, les • croisés firent une procession autour de la ville , en jetant de l’eau bénite sur les remparts. Les Musulmans crurent que les assiégeans voulaient s’em-

(i) Raymond d’Agiles. {Biblioth. des Crois.) (■2) Bernard-le-ïrésorier. [Dihliolh. des Crois.) (3) Odon de Deuil. ( Bibliolh. des Crois.)

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parer de la place par la magic, et firent une sortie pour arrêter les eflels du sortilège. Le poète ajoute que les chrétiens furent très irrités do cette opinion des infidèles, et qu’ils vengèrent dans le sang de leurs ennemis l’outrage qu’ils croyaient fait à leur religion et à ses divins mystères (i).

On ne doit pas conclure néanmoins do ce que nous venons de dire que la magie fut alors inconnue en Europe. Il nous suffit de prouver qu’elle ne suivit point les chrétiens dans les guerres saintes, et sous les drapeaux de la croix. Tout le monde sait qu’au temps des croisades, l’Occident était livré à toutes sortes de superstitions grossières. Tandis que le ciel , aux yeux de la multitude crédule, prodiguait ses miracles, l’enfer avait aussi ses prodiges, et selon les croyances populaires, le démon présidait à l’art ténébreux des enchantemens et des sortilèges (a). U ny avait point do jour, point de lieu, où le sinistre messager do l’enfer, suivi de ses prestiges trompeurs, n’apparût tantôt pour séduire la faiblesse humaine, ou pour disputer l’arne d un mourant à l’ange du salut, tantôt pour découvrir aux hommes quelques secrets honteux ou pour favoriser les entreprises des médians. Les annales du moyen âge n’ont pas un chapitre où les»

(i) Si on a si peu de notions sur les pratiques de la magie an moyen âge, c’e,-l qu’oii ne voyait alors que le diable, et que les cIironi(|ucs ne nous parlent que de lui, quand il est question de magic ou de nécroniancie.

(i) Giloii. ( Dilliolh. (les Cmis. )

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