‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 112 sur 209 · DE DA CHEVALERIE · texte numérisé non relu

DE DA CHEVALERIE

Il ne faut pas confondre la chevalerie d’armes avec celle chevalerie à laquelle la possession d’une terre ou d’un fief imposait l’obligation de suivre un seigneur suzerain à la guerre : les chevaliers dont nous allons parler formaient un ordre distinct , ils avaient leur éducation particulière , et des statuts qui leur étaient propres. On devait être noble , il est vrai , pour être admis dans l’ordre de la chevalerie ; mais on n’y était reçu qu’à certaines conditions , et pour des qualités personnelles. Les rois et les princes s’honoraient eux-mêmes d’être admis dans une association qui n’avait d’autres liens que des sermens, et d’autre distinction que la valeur (i).

Il nous importe pou de connaître l’origine de cette institution (2) ; il nous suffit de savoir qu’elle était adoptée dans tout l’Occident avant les croi-

(1) Consultez les Mémoires sur la Chewlerie, clcSaiutc- Palaye, part. 11, et le Glossaire de Ducangc. (Voy. Arma.)

(2) L’usage de recevoir les armes avec solennité était établi cliez les anciens Germains. ( Voyez Tacite , de Moribus german., cli. i3.)

sades. La religion qui , dans le moyen âge, se mêlait à tout, prêta d’abord à la chevalerie ses cérémonies saintes; elle lui inspira quelque chose de ses maximes, et quoiqu’on ne connût point encore de guerres religieuses, elle bénissait l’épée des chevaliers (i). Les nobles guerriers parcouraient le monde, cherchant les périls et les aventures glorieuses. Ils ne connaissaient pas d’autre souverain que celui auquel ils avaient engagé leur foi volontaire; partout où la guerre éclatait , on les voyait accourir. C’est à celte chevalerie que s’adressait le pape Urbain en disant ; « Vous qui portez en tous lieux la 1er- f » reur de vos armes, et qui servez l’ambition ou ; » la haine d’autrui dans la guerre , levez-vous , et » nouveaux Machabées , courez défendre la mai- » son d’Israël , qui est la vigne du Seigneur des » armées. » On sait comment la chevalerie chrétienne répondit à cet appel. Dès-lors, les rapports de la chevalerie et de la religion furent plus immédiats et plus multipliés. Chaque chevalier semblait avoir pris l’engagement de combattre les ennemis de Jésus-Christ ; il portait sur ses vêtemens de.s emblèmes de la foi chrétienne ; pendant le service divin , il tenait son épée nue devant lui , comme pour faire hommage à Dieu de sa bravoure. Enfin la che-

(i) Les rapports iiilinies qui unissaient la chevalerie à la religiou , faisaient regarder cet ordre comme une espèce de sacerdoce. On peut se faire une juste idée de l’esprit de la chevalerie en parcouvant V Ordène de la chevalerie , roman en vers, publié dans les Fabliaux de Barbesan , tom. I, pag. 59 (édit. i8u8).

Page 1