‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 113 sur 209 · LIVRE XXII. i.i · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. i.i

valerie élait devenue une institution aussi religieuse que inililaire.

Un des caractères les plus remarquables de celte institution, celui qui excite le plus aujourd’hui notre curiosité et notre surprise , c’est l’allianco des sentimens religieux et de la galanterie ; la dévotion et l’amour, tel était le mobile des chevaliers; Dieu et les dames , telle était leur devise. On u dit que cet esprit de la chevalerie venait des Germains ou des peuples du Nord ; si cela était vrai , riiistoire en aurait retrouvé des traces à des époques antérieures. On peut einprunler à un autre peuple des lois ou des usages , mais non des illusions et des sentimens ; pour connîiîlro ici la vérité , il faudrait savoir ce qu'il y avait de caché et de mystérieux dans les mœurs et dans le cœur humain au moyen âge. Quoi qu’il en soit, on peut affirmer que la hdélité à Dieu et la fidélité aux dames , étaient recommandées comme une même vertu et comme un même devoir.

Lorsqu’un chevalier mourait pour la dame de ses pensées, on ne devait pas douter de son s.alul d’après la théologie des châteaux; il faut croire néanmoins que le clergé était plus sévère. Un chevalier ne prononçait pas un serment où il ne fût question de la religion et de l’amour ; Louis IX ne veut pas conclure un traité avec les Sarrasins , sans le consentement de la reine Marguerite, qui élait sa dame (i). D’après une loi de Jacques II d’Aragon,

(i) Voyez le livie de notre Histoire.

la présence d’une femme était comme le droit d’asile dans un lieu saint ; l’institution de l’ordre du bouclier d’or prescrivait de re.specter les dames , parce qu après Dieu elles étaient la source de tout honneur que les hommes pouvaient acquérir (\).

Dans les guerres du moyen âge , Thistoirc nous montre souvent les chevaliers portant les couleurs de la beauté au milieu des batailles. 11 faut convenir cependant que dans les guerres saintes on renconlre peu d’exemples de ces amours héroïques et chevaleresques. Nous verrons bientôt que cette chevalerie, si dévouée en Europe à l’amour des dames, prit un autre caractère dans le royaume de Jérusalem et près du tombeau de Jésus-Christ.

Au reste, les vertus qu’enseignait la chevalerie d’Occident étaient précisément celles qui devaient le plus contribuer à détruire le règne de la barbarie. On ne pouvait faire une plus cruelle injure à un chevalier , que de le soupçonner de mcnsougeetde félonie. La déloj'auté, le parjure passaient pour le plus honteux de tous les crimes. Quand l’innocence opprimée implorait le secours d’un noble guerrier , malheur à celui qui ne répondait point à cet appel ; l’opprobre suivait toute offense envers le faible , toute aggression envers l’homme désarmé. Nous ne parlerons point de cette politesse chevaleresque par laquelle devaient s’adoucir les Jiiœurs, ni de celle modestie des héros, qui ,

(i) L’ordre du bouclier d’or fut institue par Louis II, dut; de Bourbon, le grand, loin. I , piig. 120.

Page 1