‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 115 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

clievalcrie de rOccidciit resta au moins impuissante pour arrêter le mal , et qu’elle s’associa quelquefois elle-même aux excès qu’elle devait réprimer ; mais l’esprit de son institution subsistait , et ses maximes pre'sidaieut à l’éducation d’une noblesse encore barbare; quoi qu'on puisse penser de la corruption humaine , il sera toujours vrai de dire que la chevalerie , alliée à l’esprit de courtoisie et à l’esprit du christianisme , a réveillé chez les peuples modernes des sentimens et des vertus ignorées des anciens. C’est à cette école que les jeunes guerriers venaient prendre des leçons de politesse , de bravoure et de générosité. Admirable ecole , où la victoire déposait son orgueil , la grandeur, ses superbes dédains, où rien n’était plus honteux que la perfidie et le mensonge , où rien n’était plus glorieux que de protéger la faiblesse et de secourir le malheur !

Comme l’éducation des peuples se formait sur l’exemple des premières classes de la société , les généreux sentimens de la chevalerie se répandirent peu à peu dans tous les rangs , et se mêlèrent au caractère des nations européennes ; il s’élevait, contre ceux qui manquaient à leurs devoirs do chevalier, une opinion générale, plus sévère que les lois elles-mêmes , qui était comme le code de l’honneur , comme le cri de la conscience publique.

Lorsque l’institution de la chevalerie tomba par l’abus qu'on en fit, et surtout par une suite des changemens survenus dans le système militaire de l’Eu-

rnpc (i) , il rosla encore aux sociétés européennes quelques sentimens qu’elle avait inspirés, de mémo qu’il reste à ceux qui ont oublié la religion dans laquelle ils sont nés, quelque chose de ses préceptes, et surtout des impressions qu’ils en reçurent dans leur enfance. Au temps de la chevalerie , le prix des bonnes actions était la gloire et l’honneur. Cette monnaie , qui est si utile aux peuples et qui ne leur coûte rien, n’a pas laissé d’avoir quelque cours dans les siècles suivans. Tel est l’effet d’un glorieux souvenir, que les marques et les distinctions de la chevalerie chrétienne servent encore de nos jours à ré-compenser le mérite et la bravoure.

Puisqu’il est vrai de dire que les croisades donnèrent à la chevalerie cet ascendant qui adoucit la barbarie et la rudesse des moeurs , on doit convenir qu’elles ont rendu un véritable service à l’humanité.

(i) Sainle-Palaye atlribue la chute de la chevalerie en France à l’etablissement des compagnies d’ordonnance par Charles VII, à l’edit de François le., qui ctendit les honneurs de la chevalerie aux gens de robe et à d’autres magistrats civils. {Mcmoircs sur la chevalerie, part, v.)

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