‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 116 sur 209 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

t)U CLERGÉ.

L’ascendant et la richesse du clergé Tavaient placé à côté de la noblesse dans le système féodal ; mais il faut convenir que le rang qu’on lui avait donné dans cet ordre de choses répugnait à-la-fois à son caractère et à l’état de la société. Nous no craignons pas de dire que le système féodal tendait à corrompre l’institution de l’ordre ecclésiastique^ comme le clergé tendait à corrompre le système de la féodalité. Le clergé, élevé pour la paix, n’était pas propre à remplir les conditions du régime militaire ; d’un autre côté , le régime militaire devait changer ou altérer les mœurs pacifiques du clergé. Il n’était pas rare de voir des prélats revêtus du casque et de la cuirasse; quelquefois même des prêtres de campagne conduisaient à la guerre le troupeau qu’une religion de paix leur avait confié. Cet esprit militaire dans les ecclésiastiques s’accrut encore par les croisades , où leurs armes se trouvaient sanctifiées par l’objet de la guerre; cepen:» dant le clergé ne devint jamais assez guerrier pour remplir tous les engagemens féodaux, et l’on peut ajouter qu’il ne fut pas toujours assez pacifique pour remplir tous les devoirs religieux.

258 ' HÏSTOIHE DES CROISADES.

Ce qu'il y a (le certain , c’est qu’à mesure que la f<iodalit(î fit des progrès , le clergei perdit quelque cil ose de sa régularité et de ses vieilles traditions. Les Francs , lorsqu’ils entrèrent dans l’Eglise , y portèrent leurs habitudes j et ces habitudes ne s’accordaient guère avec l’esprit du sacerdoce. Les barons et les princes invoquèrent quelquefois les armes spirituelles du clergé pour s’assurer l’obéissance de leurs sujets et de leurs vassaux ; d’iiü autre côté , le clergé invoquait aussi les armes des seigneurs pour la défense de ses droits , et nous voyons dans riiisloire que chaque parti qui venait au secours de l’autre, finissait par vendre chèrement ses services; ajoutez à cela que le clergé , dans les jours d’oppression et de misère , fut regardé comme un asile où tout le monde accourait, les uns pour leur salut dans une autre vie, le plus grand nombre pour échapper à l’indigence ou à la servitude dans ce monde terrestre. Tous <;eux qui se présentaient étaient reçus, même quelquefois les enfans des serfs , et c’est de-là surtout que vinrent l’oubli delà discipline , la dé<;adence des études , que tous les historiens de l’Église ont déplorés.

Il n’était pas facile de faire observer la discipline parmi cette foule de clercs répandus dans les châteaux , où ils remplissaient l’office de chapelains, de trésoriers, de secrétaires ; dans les cités, où ils exerçaient la profession d’avocats , de notaires , de collecteurs, de marchands (i), etc. Comme tout

(i) Le concile de Vienne défendit aux clercs d’étre bouchers et de tenir cabaret ; quelque temps auparavant o»

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