‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 117 sur 209 · LIVRE xxn. 25g · texte numérisé non relu

LIVRE xxn. 25g

était procès alors, même les pénitences de l’Église , et que cliacun pouvait se faire juger au tribunal de Rome , il arriva que les évêques , dont la puissance avait été excessive dans les siècles précédons, puisqu’ils déposaient les rois, ne pouvaient plus même juger les clercs de leurs diocèses. On abandonna l’étude des doctrines pour étudier la chicane et les moyens de se soustraire a la hiérarchie ecclésiastique. Dès qu’il n’y eut plus d’ordre et de justice parmi les pasteurs , il n’y en eut plus nulle part ; dès que la nuit pénétra dans l’Église, elle se répandit partout.

On n’a pas reproché au clergé du moyen âge d’avoir négligé ses intérêts; cependant on vit en France des prélats abandonner à la couronne les privilèges d’un évêché, et, ce qui doit exciter notre surprise, des cures avec leurs revenus furent données aux seigneurs qui partaient pour la première croisade (i). Aucun pouvoir n’avait alors déréglés fixées ni de limites reconnues ; on ne doit donc pas s’étonner que le siècle se mêlât des intérêts de l’Église , et que l’Église s’introduisît dans les affaires du siècle. La confusion du spirituel et du temporel fut portée au dernier excès ; saint Bernard disait aux évêques , qu’ils n’avaient pas été appelés pour gouverner le monde, mais pour extirper les man-

ieur avait défendu d’être jongleurs ou boufTons deprofession. Fleury, septième Discours sur Tihit. ecclés.

(i) Orderic Vital.

oGo HISTOIRE DES CROISADES,

vaiscs herbes (i) : c’élail un sarcloir qu’il leur fallait, et non un sceptre. Les abus dont se plaignait l’abbé de Clairvaux venaient surtout de la confiision dont nous venons de parler, et signalaient le désordre tles sociétés bien plus qu’ils n’élaicnl eux-méraes le désordre.

Le pape Grégoire VII , qui entreprit de changer le monde chrétien , «t dont la maxime était frapper pour guérir , avait Conçu deux grands tlesseins : celui de soumettre les princes à l’autorité de Rome, et celui de réformer les mœurs du clergé. On peut dire que ce pontife réussit trop dans ce qu’il y avait de plus dilBcile et de plus dangereux , l’asservissement des trônes de la terre, et qu’il ne réussit pas assei dans ce qu’il y avait de plus utile et de plus nécessaire, le rétablissement <le la discipline et le triomphe de la morale évangélique. Les passions humaines résistèrent plus long-temps que les princes, et tandis que lès empereurs et les rois s’abaissaient devant les papes , les désordres que l’Eglise voulait réprimer ne cessaient point de scandaliser l’Europe chrétienne. La plupart des conciles qui se tinrent au commencement du douzième siècle, attestent que la loi du célibat n’était pas encore scrupuleusement observée dans le clergé séculier , et que le serpent de la simonie com tinuaità se glisser dans le sanctuaire (a).

(1) U Le devoir des pasteurs, ajoutait saint Bernard , est » de vaincre les loups , et non point de dominer sur les » brebis. » ( De Consideratione. )

(2) Dans son traité intitulé ; De Conversione ad clericos,

' LIVRE XXII. a6t

Uabbé de Nogent parle de quatre évêques qui se succédèrent sur le siège de Laon, et dont l’élévation fut le fruit do la corruption cl de la brigue. Le premier de' ces prélats était accusé d’avoir trahi, le jour même du vendredi-saint, le seul prince qui restait de la maison de Cbarlcmagnc ; le dernier , Baudri, avait livré Robert, duc de Normandie, un des héros de la première croisade , à son frère Henri, vainqueur à Tinchcbrai (i). Nous ne répéterons point ce que dit Guibert des mœurs de ces quatre évêques ; nous ne répéterons point non plus ce que disaient du clergé de leur temps, saint Bernard, Jacquesde Vilri(2),Pierre de Blois (3) et tant d’autres pieux réformateurs, accoutumés dans la chaire évangélique à censurer leur siècle avec amertume, et naturellement portés à exagérer les peintures de la corruption et du vice. Il faut se garder aussi de prendre à la lettre les satires des troubadours et des romanciers , accueillies par la malignité populaire, toujours prête à se soulever contre le grave ministère du sacerdoce. Nous avouons toutefois que la puissance et la richesse du clergé

l’abbé de Clairvaux iracc un tableau sévère des mœurs du clergé de son temps; s’il faut en croire ce pieux docteur , les vices les plus hideux souillaient alors le sacerdoce.

(1) L’abbé Guibert : De vild sud.

(2) Voyez dans VHisl. d' Orient de Jacques de Vitri le chapitre intitulé : De la négligence et des péchés des prêtais.

(3) Voyez les Lettres de Pierre de Blois. ( Biblioth. des Croisades.)

26u histoire des croisades.

devaient exciter la jalousie. Voilà pourquoi, vers le milieu du douzième siècle , la noblesse forma une ligue contre les prétentions des ecclésiastiques , et que, dans la révolte des pastoureaux, le peuple voyait avec joie qu’on outrageât les prêtres (i). Cependant le clergé ne perdit point son empire sur les esprits j dès long-temps il régnait par les croyances religieuses ; il continua de régner avec elles.

Les abus contre lesquels s’était élevé Grégoire VII, la simonie et surtout le mariage des clercs , ne désolaient plus l’Église chrétienne avant la fin des guerres saintes. On vit peu à peu se rétablir la discipline ; les ténèbres de l’ignorance commencèrent à se dissiper j Innocent III et ses successeurs encouragèrent les études ; le clergé reprit son ancien éclat , et, dans un siècle encore barbare, il répandit les premières clartés de la civilisation , semblable aux colonnes lumineuses du désert.

Nous devons remarquer que le clergé ne parut jamais dans les guerres saintes qu’à la suite des barons et des chevaliers de la croix ; l’histoire ne le présente qu’une seule fois dirigeant les travaux militaires d’une croisade ; ce fut au siège de Damiette (a). Aussi les assauts et les combats y étaient-ils sans cesse mêlés aux cérémonies religieuses ; la bravoure n’y connaissait pas d’autre encouragement que les bénédictions du ciel j la li-

(i) Guillaume de Nangis. {Biblîoth. des Crois.)

(a) Mémorial des Podestats de Reggio, Coll, de Mura-» lori. {Biblioth. des Crois. )

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