LIVRE XXII. a
cence , tl’aulro frein que les anatlièmes de l’Église. IN’ous avons déjà dit qu’on reconnaissait surtout l’influence du clergé dans une croisade à la témérité des entreprises : le clergé, dans les circonstances difficiles de la guerre , croyait peut-être trop aux miracles , et ne croyait pas assez aux périls. On sait quelles furent, après la prise de Damiette, les suites de son excessive confiance dans la victoire.
Dans chaque expédition , il partit un grand nom< bre d’évêques et d’abbés , suivis de leurs vassaux et de ceux qui étaient venus s’enrôler sous leurs bannières. Il n’était point de baron ou de comte qui n’emmenât avec lui un ou deux chapelains, ce qui devait accroître la multitude des ecclésiastiques sous les drapeaux de la croix. Dans, une guerre religieuse l’influence morale du clergé devait être toute puissante. On sait quelle confiance l’évêquo du Puy inspirait aux pèlerins de la première croisade ; mais si nous en croyons Guillaume de Tyr, les ecclésiastiques qui survécurent à ce vénérable prélat n’eurent point , dans l’armée chrétienne , le même crédit ni la même considération : on put à peine trouver dans ce clergé voyageur des pontifes capables d’occuper les principaux sièges de la Palestine et de la Syrie. Dans les croisades suivantes, surtout dans la troisième, un grand nombre d’évêques servirent la cause de la croix par leurs lumières, et donnèrent aux pèlerins l’exemple des vertus évangéliques.
Nous ne suivrons point le clergé latin dans les colonies chrétiennes d’Orient, où il voulut quclque-
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fois exercer une domination temporelle. On se rappelle que le patriarche Daimbert aspirait à la possession de Jérusalem , cl que la ville sainte vit de nombreuses divisions éclater entre l’autorité des princes et celle du clergé. Tantôt les rois de Sion demandaient des subsides à l’Église , tantôt le patriarclie demandait au successeur de David et de Salomon les décimes dues aux serviteurs de Dieu. Les deux partis cédaient ou résistaient tour-à-tour et selon les circonstances, ne mettant jamais do mesure, ni dans la haine, ni dans la soumission. Baudouin demanda humblement pardon au concile de Naplouse pour les injustices que lui et scs prédécesseurs avaient commises envers le clergé de la Palestine. Dans une autre occasion , le roi Baudouin ayant eu une vive querelle avec le patriarche Étienne , au sujet de la possession do Joppé , celui-ci tomba malade, et mourut d’une mort prématurée. Quoique l’insinuation peu charitable que fait à ce sujet l’archevêque de Tyr nous paraisse sans fondement , elle n’en montre pas moins la malheureuse animosité avec laquelle on se disputait les conquêtes des guerriers chrétiens et l’héritage de Jésus-Christ (i). Les papes furent souvent sollicités de prononcer dans ces contestations, mais ils ne donnèrent presque jamais une entière satisfaction au clergé , car le clergé latin d’Oricnl ne pouvait servir leurs desseins, ni en-deçà ni au-
(i) Guillaume de Tyr, Coll, de Rongars. ( BibUoth. d^s. Crois. )