‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 119 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

delà des mers , et la prudence leur commandait de ne pas décourager les princes qui défendaient les armes à la main le royaume de Jérusalem.

On a prétendu que le clergé s’était enrichi pendant les croisades. Celle assertion , qui a été si souvent répétée par les écrivains du dernier siècle, a besoin d’clre examinée enfin avec une attention impartiale. Le clergé se ti'ouvait très riche à l’époque de la première croisade j ses ennemis l’accusaient depuis long-temps d’avoir usurpé des propriétés immenses. Sous les deux premières races , ses richesses avaient porté de l’ombrage aux barons et aux rois qui l’avaient plusieurs fois dépouillé , sous prétexte qu’il ne défendait point l’État, et que les propriétés dont il jouissait appartenaient à ceux dont la bravoure veillait au salut du royaume.

Si les croisades eussent enrichi le clergé, il aurait dû être plus riche dans les pays qui avaient pris le plus de part aux croisades; or, le clergé de l’Allemagne et de plusieurs autres États de l’Europe surpassait en richesses celui du royaume de France, où les expéditions d’Orient avaient excité tant d’enthousiasme et fait accourir tant de guerriers sous les armes.

Le clergé, il est vrai, acquit de nouvelles possessions dans les pays conquis par les croisés; mais il ne lui en resta rien après les guerres saintes. Nous avons remarqué qu’à la fin des croisades le nombre des fidèles avait beaucoup diminué dans l’Asie mineure , dans la Syrie , en Égypte ; ce fut là sans doute une des suites les plus 'déplorables de ces

guerres qui avaicnl irrite' les Musulmans sans les avoir vaincus : tous ces évêcliés sans fonctions , dont le clergé conserve encore aujourd’hui les titres vains et pompeux , n’aUeslent que trop les pertes de l’Église catholique dans les contrées de l'Orient.

La première guerre sainte dut être , comme nous, l’avons vu , très profitable au clergé : il ne fut point obligé d’en payer les frais ; le zèle des fidèles fournit à toutes les dépenses. Cependant il prit part lui-même à cette croisade j et les prêtres qui partirent avec les autres croisés ne durent pas s’enrichir dans leur pèlerinage. A la seconde croisade , ou commença à mettre des contributions sur les églises, sa ns avoir égard aux vives réclamations des ecclésiastiques (i). Il s'établit dès-lors, dans le monde chrétien, une opinion qui devint funeste au clergé : c’est que les guerres entreprises pour la gloire deJésu.s- Christ et la délivrance des saints lieux, devaientêtre payées par l’Église. On leva d’abord des tributs sur le clergé, sans consulter d’autre autorité et suivre d’autres règles que celles de la nécessité et des circonstances. A compter delà troisième croisade, après la publication de la dime saladine , on établit des impôts plus réguliers , qui étaient fixés parles papes ou les conciles , et qu’on percevait avec tant de rigueur, que les églises furent dépouillées de leurs

(i) Voyez ce que nous avons dit des plainles du r.lcvgç à ce sujet dans notre diapitic sur l’impôt des croisades.

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