‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 120 sur 209 · LIVRE XXII. 2O · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. 2O

ornemens , el qu’on mit quelquefois à l’encan les vases sacrés.

11 est vrai que le clergé recevait quelquefois les olTramles et les legs de ceux qui partaient pour la Terre-Sainte, ou qui avaient fait vœu de partir : niais qu’élail-ce que ce tribut de la piété , à côté des tributs qu’il se trouvait obligé de payer luiinéiuc ? Nous ne craignons pas d’affirmer que , dans l’espace de deux cents ans , le clergé donna pour les guerres saintes plus d’argent qu’il n’en aurait fallu pour acheter la plus grande partie de ses propriétés. Aussi vit-on peu à peu se réfroidir le zèle des ecclésiastiques pour la délivrance des lieux saints^ et l’indifférence qui succéda , parmi les peuples chrétiens, à l’ardeur des croisades, commença par le clergé. En Allemagne et dans plusieurs autres pays, son mécontentement était poussé si loin , qu’à la fin les papes n’osaient plus se fier aux évêques pour la prédication des croisades, et qu’ils ne donnaient plus cette mission qu’aux ordres mendians qui ne possédaient rien , et n’avaient rien à payer pour les expéditions contre les infidèles.

On a dit que le clergé avait profité des croisades pour acheter à vil prix les propriétés de la noblesse, comme, de nos jours, nous avons vu beaucoup de gens profiter delà révolution , pour acheter à un prix modique les biens du clergé lui-même. Nous trouvons, eu effet, des exemples de ces sortes d'acquisitions dans la première croisadej mais ces e.xeinples devaient être plus rares dans les autres guerres saintes, dont le clergé fut obligé de payer

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les frais. Le grand avantage qu’eut alors le clergi? sur la noblesse , c’est que les nobles [)ouvaicnt engager et aliéner leurs possessions , et qu’il no fut jamais permis aux ecclésiastiques d’aliéner ni d’engager leurs biens. Un autre avantage du clergé , c’est qu’il formait un corps toujours animé du même esprit , et toujours dirigé par les mêmes lois. Tandis que tout changeait autour de lui , lui seul ne changeait point : c’est ainsi qu’il résista à la révolution qui s’opérait dans les pi’opriétés. Nous ajouterons que la juridiction du clergé, qui chaque jour faisait de nouveaux progrès, était pour lui une source de richesses. Il était dans la nature des choses , comme nous l’avons déjà remarqué , que la classe la plus éclairée devînt la classe la plus riche. Le clergé n’eut donc pas besoin de proliter de la ruine des croisés pour s’enrichir ; ses lumières , sou. esprit d’ordre et d’économie, l’ascendant qu’il avait sur les peuples, lui offraient assez de moyens pour accroître ou pour conserver scs possessions.

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