‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 122 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

voyait .s’accomplir ces paroles d’Isaïe : « Ce lieu est » trop étroit pour moi; faites-moi de la place, « aCn que je puisse y habiter, n Une autre origine des cloîtres était le repentir des pécheurs , la dévotion des grands et des princes. En donnant une partie de leurs biens à des cénobites , qui passaient les jours et les nuits dans l’oraison , les riches et les puissaus du siècle espéraient hâter dans une autre vie la délivrance de leurs proches^et croyaient acquérir pour eux-raémes les trésorsdu ciel(i). Piusicurs établissemens monastiques durent leur origine à des colonies de moines , envoyés dans d’autres solitudes pour y faire fleurir les austères vertus de la vie religieuse (2). Plus d’un ordre de cénobites avait des monastères répandus sur toute la surface du monde; et ces monastères, suivant la même règle, pratiquant les mêmes austérités, obéissant à un seul chef, formaient comme une confédération pieuse , qui surpassait quelquefois la richesse , la puissance des grands de la terre et des florissantes cités.

(1) Il nous reste une foule de Chartres où sont consignées des donations religieuses faites par des rois ou des seigneurs. {Spicil., tom. III.) Ges Chartres avaient ordinaireruviit pour sanction une croix et les paroles suivantes : a Que celui qui » voudra enfreindre nos volontés sache que , par l’autorité b de Dieu et par la chrétienté de tous les saiuts, il sera, à » moins qu’il ne s’amende, excommunié et maudit éter- 0 nellemcnt. »

(2) Saint Bernard fonda en Europe cent soixante maisons de son ordre. L’abbaye de Chmy avait i5,o74 succursales.

IIISTOmE DËS CROISA.DES.

Le zèle pour la vie inonaslique fui si granil clans le clouzicjnc siècle , que la France et l’Europe crai- {'fiirent de manquer de solitudes. Les mères cachaient leurs cnfans , les femmes, leurs maris , les amis, leurs amis , pour les dérober au prosélytisme des cloîtres. Un frère de saint Bernard késllait à prendre riiabit religieux, alléguant que sa femme n’y consentirait pas : « Elle y consentira, dit Bernard, ou elle mourra; (i) » paroles cruelles qui montrent que les lois de la société et celles de la famille étaient immolées sans scrnpule à la passion jalouse ' par laquelle se peuplaient les déserts.

JjCS historiens ecclésiastiques ont longuement décrit la vie intérieure des monastères , les journées des moines, partagées entre le travail , la méditation et la prière , les longues extases d’une dévotion ascétique , et les prodiges de la pénitence ; d’autres ont répété ce qu’on disait déjà au moyen âge de la corruption des cénobites et des désordres qui régnaient dans les cloîtres. Nous présenterons à nos lecteurs d’autres table^x. Tandis que la société était livrée à tous les excès dte l’anarchie féodale, on aimeà voir se former, à l’ombre des autels, des associations régulières qui étaient comme de pe-, tilsÉttits, ayant leurs mœurs, leurs lois, leurs gouvernemens ; et c’est sous ce rapport que nous parlerons des monastères au temps des croisades. Chaque cloître avait sa règle et ses privilèges ; unepréro-

(i) GuiHaume de Saiiii-Tbicrri f^ie de saint Bcrnanl.

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