‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 123 sur 209 · LIVRE XXTI · texte numérisé non relu

LIVRE XXTI

galive générale et corniminc à tous était la liberté. Celte liberté s’exercait surtout dans la police intérieure d’un couvent, dans l’élection des supérieurs de la communauté , sur laf|ucllc aucune autorité religieuse ou civile ne pouvait exercer ^influence. Plusieurs abbayes se vantaient de no dépendre (|uc • duSaint-Siége(i); beaucoup de monastères supportaient impatiemment la juridiction spirituelle des évêques. Les moines do Rebais refusèrent de reconnaître leur abbé qui s’était soumis à l’évêquc de Meaux, et les anathèmes du concile de JJeauvais purent à peine les ramoner à la soumission (2), Un monastère se plaçait d’abord sous la protection d’un saint. Le bienlieurcux patron que les cénobites invoquaient dans leurs prières, était le seigneur de cette pieuse milice, et c’est pour*ainsi dii o sous sa bannière qu’ils livraient leurs combats spirituels ou qu’ils défendaient les intérêts temporels de leur association. Le respect qu’ils avaient pour la mémoire de leur fondateur, ou de ceux qui les avaient précédés dans le cloître, et qui étaient pour eux comme des aïeux ou des ancêtres, cflrait une véritable image des senliniens et des souvenirsde la patrie. Souvent des laïques riches et puissans demandaient une part aux prières dos moines, et mettaient leur gloire à faire inscrire leurs noms

(1) Le monastère de Vezelai et autres. Saint Bernard s’élevait contre ccUc préteution de plusieurs congrégations monastiques.

(2) Concile de Beauvais, 11G7.

sur les rcf'islres du couvent ; ces frères du dehors recovaienl en quelque sorte le droit de cité ou de bourgeoisie dans la coinmunautif monastique ; après avoir servi pendant toute leur vie les intérêts du m^aslère , leur dernier vœu était de mourir sous riiabit des cénobites, et d’obtenir une portion de la terre qui devait couvrir leurs frères de la • solitude. On ne peut se faire une idée de l’esprit ^d’émulation qui animait les moines pour agrandir les domaines et la renommée de leur ordre. C’était cultivée la vigne du Seigneur , disait l’abbé Suger , que de prodiguer aux demeures des solitaires, l’or, l’argent et les pierres précieuses. L’histoire nous représente plusieurs cénobites exerçant une sainte violence envers leurs familles, et ruinant leurs parons pour enrichir leurs monastères (i). Lorsque la libéralité des fidèles abandonnait à un couvent une terre ou un bien quelconque, les moines y transportaient leurs reliques avec la plus grande solennité, afin que leurs saints patrons prissent possession comme eux de leurs nouvelles conquétes(a). Chaque monastère avait dans ses archives des Chartres et des contrats qui constataient scs titres et ses droits de propriété j et tel était le zèle des religieux pour- reculer les limites de leurs domaines, tjue,- si nous en croyons certains docu-

(1) Orderic Vital raconte un trait semblable, et loue

beaucoup le moine qui avait donne k son couvent^ cette preuve de zèle. •

(2) Glossaire de Ducange. Voyez Rcliquite,

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mens du moyen âge, ils ne se firent point scrupule d’appuyer quelquefois leurs prélentions sur des donations irrégulières et sur des pièces apocryphes (i).

Les moines, selon l’opinion du temps, étaient les dépositaires desbiensdu pauvre et des biens de Dieu; toute tentative jKuir révoquer une donation ou contester un privilège , était à leurs yeux un vé^^able sacrilège. Chaque monastère se disait l’Eglise ellemême, et se regardait comme la sainte famille du Christ (a) J celte conviction donnait aux cénobites une incroyable ardeur pour la défense des droits qu’ils avaient acquis et que le temps avait consacrés.’ On connaît la vive contestation élevée entre les bourgeois et les moines de Vezelai, vers le milieu du douzième siècle. Les bourgeois , poussés par le comte de Nevers , voulaient se soustraire à la juridiction de l’abbaye. Rien n’est plus curieux que l’histoire de cette révolution, écrite par* un moine, témoin oculaire. L’historien cénobite nous représente l’abbé Pons, prenant la défense de la maison d’Israël , d’abord contre l’évêque d’Autun,

(1) Le chapitre général de l’an 1 167 prononça des peines contre les falsificateurs des Chartres et des sceaux. Si les coupables étaient desmoines, on les interdisait; si c’étaient des frères laïques, on les rejetait au dernier rang; les uns et les autres étaient condamnés à jeûner tous les vendredis au pain et à l’eau. ( Leboetjf , tora. II , pag. 1G2. )

(2) Dxpression du moine Udalric , dans la préface qui précède les coutumes du monastère de Cluny. {Spicilége de d^Acheiy , tom. I®r., pag. O42.')

ensuite contre le due de Nevers , et parvenant, ù force de travaux et de périls , à rendre plus brillante et plus visible à tous les jeux la pureté des libertés de son église. Il faut remarquer ici que Tabbayc de Vezclai, dédiée à Madeleine , amie et seivante de Dieu, avait la prétention d’èiro indépeudanlo pour le spirituel comme pour le temporel , et qu’elle se vantait d’être un aleu du bien^ureux Pierre. En soutenant cette prétention , les disciples de Pons ne voyaient que des brigands et des impies dans leurs adversaires ; si le comte de Nevers s’attendrissait sur le sort des bourgeois de Vezelai , c’étaient les larmes de l’impiété qui coulaient d’une fontaine de corruption. L’abbé Pons invoqua tour-à-tour les puissances de la terre et les anathèmes de la religion ; la misérable bourgade de Vezelai succomba enfin dans celte lutte, qui dura plusieurs années. Nous ne pouvons juger ni les griefs ni les torts des bourgeois, qui n’ont point eu d’historien j mais en lisant l’hisloire de l’abbaye , on est obligé de convenir que les cénobites firent la guerre sans modération , et n’usèrent point de la victoire avec charité (i).

La puissance et la richesse des monastères ne provenaient pas uniquement de leurs domaines ou de leurs privilèges seigneuriaux; la plupart avaient dans leurs églises les ossemens de quelques apôtres ou de quelques martyrs qui leur attiraient de nom-

(1) Ilist. de Vezelai , par Iliigursdc Poitou. {Spicilege de d’Achery, lom.il , p;!g. /,(j8 et suiv. )

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