LIVRE XXII
la jeunesse de l’Eglise : ces deux inslitutions nouvelles durent apporter de grands changcmens dans le régime monastique. Il ne s’agissait plus pour les moines d’acquérir des domaines, de bâtir des édifices, mais de vivre comme lesoiseaux du ciel ; ce n’était plus la vie paisible et contemplative , mais une vie passée au milieu des travaux apostoliques, qu’il fallait prendre pour modèles; on n’admirait plus le silence de la solitude, mais les miracles de la parole ; et la voix des nouveaux apôtres du Christ, véritable trompette évangélique, devait proclamer la loi chrétienne au milieu des bourgs et des cités. Lesdisciplcs de saint François et de saint Dominique se livrèrent aux soins de l’éducation publique, fondèrent ungrand nombrede collèges, et plusieurs d’entre eux, comme saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, remplirent avec distinction les chaires de la philosophie scolastique. Nous ne les suivrons point dans les luttes qu’ils soutinrent avec le clergé , qui se montra quelquefois jaloux de leur crédit et de leur influence, ni dans ces guerres religieuses où la charité n’inspira pas toujours leurs prédications( i) ; nous aimons mieux suivre leurs courses pieuses sous le ciel brûlant de l’Afrique, au nord de l’Asie et dans les contrées les plus reculées de l’Orient. Tandis que les Maures désolaient encore l’Espagne , que les Tartares ébranlaient les trônes
(i) Nous ne voulons point parler ici de la croisade des Albigeois et de la hideuse inquisition qui vint à sa suite. {Voyez XHist. des Albigeois , de Pierre de Vaulx-Cernay. ) TOM. VI. 19
aoo HÏSTOIRl: DES CROISADES,
des puissans monarques, ravageaienl les confins de l’Europe et menaçaient toute la chrétienté , de pauvres prêtres visitaieirt les habitans du Niger, parcouraient les vastes déserts de la Tartarie , pénétraient jusqu’à la rivière Jaune , et conquérans pacifiques, armés de l’Évangile, ils recalaient l’empire du christianisme , et plantaient l'étendard de la croix aux extrémités du monde connu. Les colonies chrétiennes qu'ils fondèrent parmi des nations païennes ou chez des peuples sauvages, ont duré plus long-temps que les colonies fondées par les croisades.