‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 130 sur 209 · DES SERFS · texte numérisé non relu

DES SERFS

On a vu le côté brillant de la féodalité ; il nous reste à parler de l’état où gémissait le peuple des villes et des campagnes. L’homme , réduit à la servitude , n’avait aucune loi qui le protégeât contre l’oppression ; le produit de son travail, le prix de sa sueur ne lui appartenaient point; il était lui-même une propriété qu’on réclamait partout, lorsqu’il venait à fuir son domicile. Enchaîné à la glèbe , il devait souvent porter envie à l’animal qui l’aidait à tracer des sillons , ou au palefroi , noble compagnon de son maître. Le serf n’avait d’autre espérance que celle que lui donnait la religion , et ne laissait à ses enfans que l’exemple de sa patience à souffrir. Il ne pouvait faire ni un contrat pendant sa vie , ni un testament à l’heure de sa mort (i). Sa dernière volonté n’était point reconnue par la loi ; elle mourait avec lui. Pour excuser la barbarie de cet âge grossier , on a besoin de se rappeler le sort plus affreux encore des esclaves chez les Grecs et

(i) Fleury, Histoire du Droit français, n». 17.

chei les Romains. Nous n’avons pas besoin de dire* combien cet état de choses devait mettre d’obstacles au développement de l'industrie et des facultés sociales de l’homme. Aussi la plupart des campagnes éUiient-elles couvertes de forets , et le plus grand nombre de nos cités ne présentait que l’aspect de la pauvreté et de la misère (i).

Lorsqu’on voit toutes les misères qui accablaient les serfs attachés à la glèbe, on n’a pas de peine à croire qu’un très grand nombre de ees malheureux aient cherché un asile sous les drapeaux de la croix. Ceux qui furent faits prisonniers restèrent dans la servitude des Musulmans, et leur sort ne fut pas trop changé. Il en périt sans doute une multitude innombrable, car ils n’étaient presque point armés , ils n’avaient ni vivres ni vétemens, et les seigneurs dont ils suivaient les drapeaux ne pouvaient pas toujours leur en donner.

Les serfs qui fixèrent leur séjour en Palestine durent être employés à cultiver la terre; les assises de Jérusalem daignèrent à peine s’occuper de leur sort , et ne firent que consacrer leur esclavage en déclarant qu’on pouvait réclamer un serf ou un paysan fugitif, comme un bœuf ou un faucon. Nous avons peu de renseignemens sur ceux qui revinrent en Europe ; Thistoirc , qui n’épargne

(0 Anton, dans son Histoire de l’ économie rurale en Allemagne , a fait Ic-s recherches les plus s.-) vantes sur l’élat des serfs au moyen âge. (Tom. II, pag. 148 et suiv.)

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