LIVRE XXII. agg
la reine Blanche défendit les paysans de Verrières, que le chapitre de Notre-Dame avait fait enfermer dans d’obscurs cachots (i). On connaissait alors les revers de Louis IX , et la prudence recommandait de redoubler de soin pour que la multitude des villes et des campagnes ne troublât point la paix publique. Nous avons vu combien on mit d’abord de ménagemens à réprimer le mouvement des pastoureaux ; ce ne fut qu’aprés les plus grands excès qu’on se décida à les poursuivre : tout nous porte à croire que s’ils avaient eu des chefs habiles, et qu’ils leur eussent obéi, cesattroupemens de bergers et de paysans auraient facilement troublé un royaume ruiné par la croisade et privé de ses plus braves défenseurs. Ce qui sauva la France des plus grands désordres, c’est que les serfs, en s’armant pour le triomphe de la croix , ne songèrent pcÿnt à la liberté, et qu’en se soulevant contre l’oppression, ils n’invoquèrent point l’influence des idées religieuses.
Les pjiysans , épars sur le territoire, no pouvaient former d’association comme dans les villes. Ajoutons qu’ils étaient pauvres et abrutis par l’ignorance. L’amour do l’indépendance vint avec les lumières' et surtout avec la richesse; voilà pourquoi il naquit d’abord dans les cités, et plutôt dans les villes florissantes, que dans les autres. Vers le milieu du douzième siècle, beaucoup de serfs de la Belgique s’étaient enrichis et se confondaient
(i) L’abbc Vclly , Histoire de France, toni. V, p. 102.
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HISTOIRE DES CROISADES, avec les bourgeois ou les hommes libres. Un édit de Charles-le-Bon , comte de Flandre, qui poursuivait les hommes entachés de servitude , comme à lui appartenant, jeta le trouble dans tout le pays. La honte d’être serf ou de passer pour tel , inspirait des passions si violentes, qu’on vit le prévôt de Bruges, réclamé comme la propriété du prince , former un complot contre lui , et le tuer dans la cathédrale en présence de tout le peuple. On ne voit rien de semblable parmi les serfs des campagnes qui supportaient l’esclavage plus patiemment, et qui ne connaissaient pas du moins l’orgueil, père des grands crimes : toujours aux prises avec la misère , ils n’auraient su que faire de leur indépendance. Quand Louis X voulut que dans le royaume des Francs, la chose en vérité Jut accordante au nom , et qu’on donnât la franchise a ceux qui la requerraient , à la condition de payer les droits de servitude qui revenaient à la couronne, on fut tout surpris de l’opposition qu’on rencontra , ou tout au moins de l’indifférence avec laquelle le bienfait royal était reçu. « Il y avait des » serfs, dit une lettre du monarque, qui ne vou- » laient pas être libres , soit par mauvais conseils ,
(i) Louis X n’eut pas le temps de faire exécuter cette ordonnance qu’il avait donnée en i3i5. Philippe V, son frère et son successeur, la publia de nouveau et dans les mêmes termes en 1 3 1 G. ( Ordonnances des Rois de France, loni. I , pag. 585. )
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