LIVRE XXII. 3o
par lequel les habitaus des villes juraient de se secourir et de s’aider entre eux comme des frères. Cha* que localitéréclamait des privilèges oudes garanties, selon la nature de ses besoins, ou selon les craintes qu’elle pouvait avoir. Trois objets principaux occU'> paient surtout l’attention et la sollicitude des communes; comme les seigneurs ne songeaient guère à maintenir l’ordre dans les villes, les babitans voulurent se charger eux-mémes de la police de leurs cités, et veiller à la paix de leurs foyers. D’un autre côté, comracla justice féodale était devenue un sujet d’effroi , et qu’on redoutait sans cesse l’iniquité ou l’ignorance des juges, les bourgeois réclamèrent le droit d’étre jugés parleurs pairs, ou tout au moins d’être associés aux fonctions de la justice seigneuriale pour ce qui regardait la commune. Mais la plus grande affaire était pour chacun d’assurer le fruit de son travail , de pouvoir disposer de sa fortune, de régler soi-même ses intérêts, d’alléger la charge des tributs, ou d’être imposé d’après un mode régulièrement établi. Pour savoir ce que demandaient principalement les communes, il suffit d’écouter leurs adversaires. « Voici, dit l’abbé Gui- )) bert qui écrivait au commencement du douzième » siècle, voici ce qu’on entend aujourd’hui par ce » mot nouveau et détestable de commune : les gens » taülables ne paient plus qu’une fois l’an la rente » qu’ils doivent à leurs seigneurs; s’ils commettent » quelque délit, ils en sontquittes pourune amende n légalement fixée, et quant aux levées d’argent » qu’on a coutume d’infliger aux serfs , ils en sont
3c8 HISTOIRE DES CROISADES.
» exempts (i). » Telle était la plus grande prétention des conmmncs, et c’est celle-là sans doute que beaucoup de seigneurs leur pardonnaient le moins.
Les communes , qui tiraient leur origine des progrès du commerce , ne négligeaient point de protéger l’industrie ; et dans les contrats d’association , des dispositions formelles mettaient toujours les marchands étrangers à l’abri delà persécution et des brigandages. On invoquait aussi la rigueur des lois contre la fraude ou la mauvaise foi dans les marchés ; en un mot les Chartres des communes étaient d’utiles règleraens, et pouvaient suppléer, sous beaucoup de rapports , à ce qui manquait à la législation des temps barbares (a).
L’affranchissement des communes ne s’opéra point sans désordres. I^a commune de Cambrai, qui fut la première à réclamer son indépendance ,
(i) Mémoires de l’abbé Guibert, liv. iii, ch. vu. D’après Ducange el Brequignon , on peut citer tes actes originaux de 98 coitiiïiunes dans les douzième et treizième siècles.
(ü) On trouve l’article suivant dans la cbartre concéde'c par Philippe , comte de Flandre et de Verdun , aux habitans d’Aire en Artois : « Si quelque bourgeois de la commune (de amicitid) vient à perdre quelque chose , par » larcin ou par rapine, et qu’il ait découvert des traces » certaines touchant l’objet perdu , il ira porter plainte » auprès du préfet de la commune ; celui-ci assemblera » tous les amis de la ville , et donnera à chacun l’ordre de « chercher pendant toute une journée la chose perdue : ' » celui qui négligera de chercher paiera , pendant une » semaine , cinq sous par jour à la commune. »