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eut de longues contestations avec le clergé -, et parmi les prélats qu’elle eut à combattre, nous retrouvons avec surprise ce pieux évéque Lietbert, qui se mit en marche pour Jérusalem vers le milieu du onzième siècle, suivi de trois mille pèlerins qu’on appelait V armée du Seigneur (j). Dans d’autres communes , de grands attentats se mêlèrent aux révolutions qui avaient pour objet la liberté. La ville de Laon vit un de ses pasteurs spirituels se rendre complice'd’un homicide commis dans le lieu saint; elle vit ensuite ses citoyens se souiller du meurtre de leur évéque (2). Des mouvemens séditieux, des émeutes populaires troublèrent long-temps les villes de Beauvais, de Reims , d’Amiens. Parmi les cités qui furent alors le théâtre des discordes civiles, nousn’oublicrons point le bourg de Vezelai. Rien n’est plus curieux que de voir dans l’histoire cette longue querelle élevée entre des moines qui parlaient au nom des libertés de leur église , et quelques bourgeois qui réclamaient les privilèges de leur commune ; révolution qui dura plusieurs années , dans laquelle intervinrent des évêques , des seigneurs , la cour de Rome, le roi de France, et qui finit
(1) Dès l’an 957168 habitans de Cambrai avaient lente de s’allVanchir de l’autorité de leur évéque j ce n’est que vers le commencement du douzième siècle que cette ville parvint à jouir entièrement des franchises communales. ( Voy. la chronique de Cambrai , Script, rer. francic. , tom. XII1-)
(2) Mémoires de l’abbé Guibcrl, liv. iii, ch. 23.
3io HISTOIRE DES CROISADES.
par la ruine et l’asservissement d’une malheureuse
bourgade (i).
Les croisades eurent sans doute quelque part à l’alTranchissement des communes ; mais il ne faut rien exagérer. Si on en croyait quelques écrivains modernes , rien n’aurait été plus favorable à l’indé-pendance des villes , que la mort des grands vassaux moissonnés par la guerre sainte^ plus il mourait de comtes et de barons enOrient^ plus la liberté devait faire des progrès en Europe: opinion qui n’esl guère plus raisonnable que celle des pieux contemporains , qui ne voyaient dans les funérailles d’une croisade qu’un moyen dont Dieu se servait pour peupler le royaume des élus, fl périt plus de nobles dans les batailles de Poitiers et d’Azincourt que dans plusieurs guerres d’outre-mer, et personne n’a jamais dit que la liberté en ait tiré quelque avantage. Si des seigneurs périrent en Asie , on doit croire qu’ils eurent des successeurs , et que leur trépas ne changea pas beaucoup le régime féodal.
L’bisloire nous offre des moyens plus simples et plus naturels d’expliquer l’affranchissement des communes; comme les seigneurs emmenaient avec eux tous ceux qui portaient les armes , et qu’il ne restait presque plus personne dans les villes , il fallait bien se confier au petit nombre de ceux qui ne partaient point. On devait ainsi leur laisser le droit de veiller à l’ordre public , et de se défendre
(i) Histoire du monastère de Vcïclai , Spiciiége de (l'Achery, lom. II, pag. 498 et siiiv.