‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 14 sur 209 · LIVRE XXL 2Ç · texte numérisé non relu

LIVRE XXL 2Ç

la ville dePtolémaïs, assiégée par Philippe-Auguste ctRicharfl-Cœur-cle-Lion. On lit dans le même historien qu’après le massacre des prisonniers musulmans , ordonné par Richard , dans la plaine de Saint-jTean-d’Acre,lcs martyrs de l’islamisme montrèrent à leurs compagnons qui allèrent les visiter, les blessures glorieuses qu’ils avaient reçues, et leur racontèrent les joies qui les attendaient dans les jardins du paradis. Au siège de Margat , l’armée du snltÿn vit apparaître les quatre archanges que les Musulmans ont coutume d’implorer dans les périls, et dont la phalange céleste animait le courage des assiégeans (i).

Nos chroniques latines invoquent quelquefois le témoignage des prisonniers musulmans, lorsqu’elles racontent l’apparition des saints et des habitans du ciel ; mais il est évident que les captifs livrés à la merci des chrétiens, voulaient flatter la crédulité de leurs vainqueurs; ainsi , après la bataille de Dorylée,les Turcs qui étaient au pouvoir des Francs, disaient avoir vu la milice céleste combattre avec les soldats de la croix. Au siège de Damiette , les infidèles faits prisonniers à la tour du Nil , demandèrent à voir les hommes vêtus de blanc et de rouge , qui les avaient combattus avec un cou'i’age surnaturel et des armes inconnues. Les assiégeans jugèrent par-là que la milice du ciel s’était mêlée aux soldats chrétiens , et cette pensée les remplissait de joie (2). Le traître Phirous, qui livra Antioche

(i) Extraits des auteurs arabes. {Biblioth. des Crois.) (a) Me'morial des Podestats de iîefgtb. {Bill, des Crois. )

HISTOIRE DES CROISADES, aux croisés , clierchanl à oblenir la confiance (ïd Bohéraond , lui demanda un jour où était campée cette troupe miraculeuse qu’on voyait souvent combattre avec les Francs. Si on en croit le moine Robert, le prince de Tarente fut embarrassé He ces questions et renvoya Pbirous à son chapelain, qui lui expliqua commentles saints et les anges descendaient du ciel pour secourir les soldats de Jésus- Clirist (i). Toutefois quelques-uns de nos chroniqueurs reprochent aux Musulmans leur incrédulité. Peu de jours avant la bataille d’Antioche, une flamme céleste étant tombée dans le camp des Turcs, les chrétiens y virent un signe miraculeux de la puissance divine qui se déclarait en leur faveur. « Si » les payens, dit à ce sujet l’abbé Guibert, avaient » eu la moindre intelligence des choses de la terre }) et des choses du ciel, ils auraient compris que « Dieu leur annonçait sa colère. » Un autre chroniqueur, Robcrt-le-Moine, qui se trouvait au siège d’Antioche , ajoute qu’un grand nombre de Sarrasins furent véritablement frappés du sinistre présage , mais qu’il y avait parmi eux une foule {C insensés qui s’ obstinaient à ne point voir le mï- 7 Ainsi les croisés croyaient à tous les prodiges, et leur superstition naïve ne s’étonnait que d’une chose , c’est qu’on ne partageât point ses illusions et qu’on ne se laissât pas persuader comme elle.

Au reste, la crédulité des pèlerins les rendit quelquefois plus faciles à gouverner et à conduire;

(i) Voyez cc dialogue fort curieux entre Phirous cl BoLcmoud. ( Robert -le-Moine , Biblioth. des Crois.)

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