‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 144 sur 209 · LIVRE xxn. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE xxn. 3i

nous offre l’exemple de plusieurs communes résistant au bienfait qu’on voulait leur imposer , et plaidant contre leurs seigneurs , pour rester telles qu’elles étaient (i ). La plus grande résistance aux idées dominantes vint du clergé, qui avait pour règle de n’aliéner ni ses terres ni ses droits seigneuriaux ; encore voyons-nous plusieurs évéques donner des Chartres agx communes sur lesquelles ils avaient un droit de juridiction, et diriger à-la-fois les fidèles dans la voie de la religion et de la liberté (2).

Un siècle après Louis VI, une opinion générale s’était établie que tout ce qui échappait au joug féodal tombait ou plutôt rentrait dans le domaine de la royauté(3); d’après une autre maxime qui s’accrédita

(1) Vers le milieu du quatorzième siècle, les haLilaiisde Pont-de-Vaux en Bresse aimèrent mieux rester esclaves que d’acheter à prix d’argent les privilèges de la liberté’. Le seigneur leur intenta un procès à ce sujet, et les serfs de Pont-de-Vaux obtinrent gain cause.

(a) Lors de l’établissement de la commune de Noyon , Baudri, évêque de cette ville, adressa à ses ouailles une lettre pastorale, dans laquelle le prélat défend de porter atteinte à la commune et à ses règlcmcns. Baudri termine son mandement par ces paroles : a Que celui qui trans- » gressera et enfreindra la présente loi, subisse l’exconi- » munication; que celui qui, au contraire, la gardera fidè- 1) lement, demeure sans fin avec ceux qui habitent dans la » maison du Seigneur. » Annales de Noyon ^ tom. XI, p. 8o5. Voyez aussi le chapitre de la commune de Reims, dans le 2®. vol. de VHist. du Droit Municipal , par M. Renoiiard.

(3) On lit dans une chronique que le comte Guillaume

3i« inSTOlRE DES CROISADES,

en même temps, tout ce qui ne dépendait que du roi était libre. Il résulta delà première de ces opinions que les monarques prétendirent avoir , et qu’ils exercèrent réellement, un droit de souveraineté immédiate sur toutes les communes ; il résulta de la seconde , que les communes , en se rapprochant du pouvoir royal, s’éloignèrent de tout esprit républicain qui aurait morcelé le territoire, divisé la société , et brisé l’unité politique , si nécessaire à la gloire et à la grandeur de la France. Cette direction des esprits suffisait seule pour détruire la féodalité ; il est probable toutefois que personne dans le royaume, ni les rois, ni les seigneurs, ni les communes, ne comprenaient la grande révolution qui s’opérait; et c’est peut-être parce qu’on ne la comprenait pas qu’elle allait si vite. Ala fin elle précipita tellement sa marche, que l’histoire a peine à suivre ses progrès , et qu’elle ne peut assigner la part qu’y eurent les croisades.

Heureuse la société , si cet esprit de liberté qui la mettait alors en mouvement et qui s’avançait sans

ayant érigé en commune la ville d’Auxerre, du consentement du roi Louis YIII, l’évcqne de cette ville vint se plaindre auprès du monarque d’une institution qui lui enlevait une partie de ses droits. « Vous voulez donc ravir à moi et à mes héritiers la cité d’Auxerre, » lui répondit Louis, irrité des remontrances du prélat. L’historien qui rapporte ce fait ajoute que le prince regardait comme siennes toutes les villes où s’établissaient des communes. {Hist. episcop, antiss. , Labbe, nov., Bibl. manusc. , t. I, pag. 466.)

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