‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 159 sur 209 · LIVRE XXII. 35i · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. 35i

apportée à-peii-près dans le même temps en Europe par un duc d’Anjou, qui avait visité Jérusalem (i). Il n’y a point de chaumière en Europe qui ne connaisse aujourd’hui les échaloltes , qui tirent leur nom et leur origine d’Ascalon. Dans toutes les contrées de l’Occident , on retrouve ces productions exotiques, que les traditions populaires font venir de l’Asie avec les croisés , et les observations recueillies à ce sujet sont si nombreuses , qu^un de nos savans a eu la pensée de publier une Flore des Croisades .

On a pu juger, par ce que nous venons de dire dans ce chapitre et dans celui qui précède , que la géographie avait dû faire des progrès à l’époque des expéditions en Orient. Avant les croisades , cette science était tont-à-fait négligée et inconnue; à Paris on connaissait à peine la Bourgogne , en Bourgogne on regardait Paris comme un pays fort éloigné. Les croisés qui suivaient Pierre-l’Ermite ne connaissaient point les noms des villes d’Allemagne et de Hongrie qti’ils traversaient; ils éprouvèrent une défaite à Semlin , et les chroniques contemporaines, qui en ont parlé, se contentent d’appeler cette cité hongroise Malleville ^ ou la ville du malheur.

'Si les Francs connaissaient à peine leur propre pays , quelle devait être leup ignorance pour les

( i) On croit que c’est aussi aux guerres d’Orient que nous devons les renoncules. (Voyez la préface du Traité des renoncules, par le P. d’Ardène.)

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contrées de l’Oricul ? Ou en peut juger par la nccessilé où ils étaient de prendre des guides parmi les Grecs dont ils se défiaient, et par leur embarras extrême, toutes les lois que ces guides les abandonnèrent. Plusieurs armées chrétiennes périrent faute de connaître les lieux où les conduisait la victoire. On voulait trouver dans la Palestine et dans l’Orient tous les lieux qu’avait nommés l’Ecriture j et sans consulter les habitans du pays, on cherchait encore celte Babylone , dont les ruines memes ont péri ; on donnait ce nom , tantôt à Bagdad, tantôt au vieux Caire, l’une et l’autre bâties par les Musulmans.

Unechose remarquable, c’estque surplusde deux cents chroniquesdu douzièmeetdu treizième siècle, qui parlent de l’Egypte, nous n’en avons trouvé qu’une seule dans laquelle il soit fait mention des Pyramides (i). Jacques de Vitiy, qui avait longtemps séjourné en Syrie, et qui paraît avoir eu toutes les connaissances qu’on avaitalors, répète, dans sa description de l'Orient , les fables d’Hérodote , telles que l’histoire des Amazones et celle du Phénix. On ne peut s’empêcher de rire de la naïve crédulité de Joinville , qui nous dit gravement dans ses mémoires que les arbres du paradis ter-

(i) Àrnauld de Lubec cite une lettre d’un envoyé de Frédéric I«r, , qui séjourna au Caire et vil les Pyramides. Jacques de Vitry , qui a copié celte lettre sans en citer l’auteur, omet le passage où les Pyramides sont décrites, ou plutôt indiquées.

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