LIVRE XXII. 36i
)» le royaume de France que dans tous les autres » pays du monde (i). »
Ce ne fut pas l’étude des lettres romaines qui fit alors le plus de progrès. On peut s’étonner que dans une société qui s’avance vers la civilisation , on ne commence pas toujours par les idées les plus simples , et qu’on se jette dès l’abord dans ce qu’il y a de plus compliqué et de plus difficile à saisir. Nos bons aïeux , cherchant à secouer Je joug de la barbarie , commencèrent par les abstractions de la métaphysique ; et les hautes questions des sciences morales occupèrent leur raison naissante. On se passionnait pour ces discussions où les maîtres et les disciples pouvaient chaque jour , sinon trouver la vérité , au moins faire parade do leur habileté et de leur savoir. C’est alors qu’on vit reparaître Aristote, semblable à ces constellations qu’on a perdues de vue pendant plusieurs siècles, et qu’on retrouve tout-à-coup sur l’horizon. Traduit, selon quelques savans , de la langue des Sarrasins , attaqué avec chaleur , défendu avec passion , tour-à-tour autorisé et proscrit par les papes elles conciles , protégé enfin par Thomas d’Aquin et par les disciples de Dominique etde François d’Assises, le philosophe de Stagire régna dans l’école et balança quelquefois l’autorité de l’Ecriture et des pères de l’Eghse. Il n’entre point dans notre sujet de rappeler les vifs débats qui s’élevèrent alors sur
(i) Chronique de Guillaume de Nangis, an ia3o ; S/jicilége de d’ A chery, tom. III. f
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le libre arbitre , ni les longues querelles des réalistes et des nominaux , ni ces interminables combats soutenus avec les armes de la parole et le glaive de l’argumentation. Dans un siècle où tout se décidait par la violence , il semble que l’esprit ait voulu avoir aussi son espèce de guerre; de même que l’épée dans les affaires du monde était alors toute la justice , le syllogisme victorieux fut pour les écoles toute la vérité , toute la raison (i).
Cette passion des disputes avait deux inconvéniens, celui d’encourager l’esprit de contradiction, et celui d’exalter l’amour-propre des docteurs; l’esprit de contradiction lit naître de nouvelles hérésies , et l’amour-propre blessé des maîtres et des disciples ne craignit point d’invoquer contre elles le glaive des guerres saintes. Dans la première expédition en Asie, nous avons vu des pèlerins, armés du bourdon et de la pannetière, menacer les royaumes de l’Arabie et du Corasan ; cette confiance des pèlerins avait passé dans l’esprit des fougueux athlètes de la philosophie scolastique : c’est alors que de savans argumentateurs , pleins de mépris pour les armées de la croix, voulurent triompher des infidèles par la seule force de leur dialectique; c’est alors que les papes eux-mêmes, dédaignant la chevalerie chrétienne, ou n’espéi'ant plus rani-
(i) On lit CPS mois dans un Traité ecclésiastique contemporain : Granimaiica , rluftorica , logica , sunt gladiiquibus inter se pugnant clcrici. ( Spicil. de d’Atlicry , lom. I. )