‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 166 sur 209 · LIVRE XXII. 3G · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. 3G

cule , qui n’cclaircnt que les lieux élevés. La diversité dos codes, la multiplicité des commentaires et des gloses, devinrent, en certaines occasions, une difficulté de plus. L’anarchie s’était introduite dans l’ordre judiciaire, parce qu’on manquait de lumières législatives ; elle subsista encore par la multitude des opinions diverses et des explications contradictoires. La justice, il est vrai , commençait à perdre .ses Formes barbares ^ mais la chicane , au milieu de la confusion des lois et des coutumes, trouva peut-être plus de moyens d’embarrasser les juges et de compliquer les procédures (i). Ce fut alors que le droit de juger devint le prix de la patience ou du laborieux savoir , et que le pouvoir judiciaire tomba tout-à-fait entre les mains des légistes, ou plutôt de cette chevalerie ‘‘cs-lüis, qu’on appela , dans la suite, la noblesse de robe.

Les autres sciences , telles que la chimie , la physique , les mathématiques , avaient fait peu de progrès pendant les croisades j on ne connaissait guère l’algèbre et la géométrie que dans leur application à l’architecture , à la mécanique et à l’astronomie. Ce fut à cette époque que s’introduisit

(i) Le Icgat Robert de Courçon , dans le concile tenu :i Paris cil I2i‘2, interdit aux abbes, aux prieurs, aux moines et aux prèircs les fonctions de juges, d’assesseurs, d’avocats, de témoins, etc. Cette défense fut renouvelée par Honorius III, Innocent IV et Alexandre IV. {Ilist. liuér. de la France , lom. XVI , pag. 79.)

ou Kiu’ope l’usage des chiUrcs arabes (i), qui u’élendil point, il est vrai , la science des nombres, mais qui en facilita beaucoup l’étude. L’astronomie aurait pu être cultivée avec succès pendant les guerres saintes : l’Orient fut le berceau de cette science, et les princes de l’Asie , dès les premiers siècles de l’hégire, lui donnèrent de nombreux encouragemens. Nous avons vu que Frédéric 11 et le sultan du Caire se proposaient mutuellement des problèmes d’astronomie et de géométrie. Parmi les princes chrétiens qui encouragèrent, ou qui cultivèrent eux-mêmes la science astronomique, l’histoire ne peut oublier Alphonse , dont les tables eurent tant de célébrité au moyen âge (2). En étudiant le monde planétaire dans les astronomes anciens , le prince castillan regrettait de n’avoir pas été appelé au -conseil du Créateur. On avait alors une si aveugle confiance dans le système de Ptolémée, qu’on aimait mieux dire que Dieu s’était trompé que de trouver le système en défaut. Le savoir d’Alphonse lui valut une grande réputation de sagesse, et le fit

(1) On croit que Léonard Fibonais de Pise est le premier Europceu qui ait connu les cliiiTres arabes ; il les rapporta de ses voyages en Orient , et les employa dès 1 20a , dans un traité intitulé : Liberahaie. {Histoire littér. de la France, tom. XVI, p. n4-)

(a) Parmi ceux qui travaillaient à la rédaction des tables d’ Alphonse X, roi d’Espagne , on cite surtout le juif Isaac Ilabensid-Huzan ; celui-ci y avait mêlé beaucoup d’erreurs et de rêveries. ( Hist. de Vaslrol. de Bailly , pag. 299 et 3oo. )

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