LIVRE XXII. SGq
mencement du neuvième siècle; et près de cinq siècles plus tard , saint Louis mesurait la longueur de ses lectures et de ses prières nocturnes, par la dure'e d’un cierge allumé (i). L’étude du comput et la science des nombres ne servaient guère qu’à trouver la lune pascale ; si on lisait dans les monastères les livres de Boëce et de Gassiodore , c’était pour régler les fêtes solennelles de la religion.
La persuasion où l’on était que le spectacle du ciel n’annonçait pas seulement la gloire de Dieu , mais qu’il révélait aux hommes les événemens futurs, contribua beaucoup à donner de la vogue aux études astronomiques. De même l’espérance qu’on avait de parvenir à la transmutation des métaux augmentait le nombre et redoublait les efforts de ceux qui étudiaient la chimie. C’est ici qu’il faut admirer l’ambition de l’esprit humain, à l’aurore de la civilisation. Il cherchait dans la chimie ou la physique la pierre philosophale , dans les mathématiques , la quadrature du cercle, dans la médecine un remède universel, un breuvage d’immortalité, dans le cours des astres, tous les secrets de l’avenir ; 'il est certain que le monde eût été miraculeusement changé , si on eût trouvé la dixiéme partie de ce qu’on cherchait alors; nous ne devons pas trop nous étonner d’après cela que les savans qui s’occupaient de ces gran-
(i) I.ebœuf, id., 89.
des découvertes fussent regardés* comme des
magiciens (i).
Deux choses devaient nuire à l’étude des sciences naturelles: la première, c’est qu’on ne tenait compte que des prodiges ou des miracles, et que les lois de la nature étaient à peine aperçues au milieu des merveilles qui frappaient sans cesse l’imagination des peuples; la seconde, c’est qu’on voulait tout réduire à des abstractions, tout expliquer par des principes généraux. Cette direction des études au moyen âge se fait surtout remarquer par la préférence qu’on donnait à certains ouvrages d’Aristote. On étudiait avec ardeur la métaphysique, la dialectique du philosophe grec, qui oH’raieut un vaste champ aux subtilités de l’esprit, tandis qu’on négligeait les traités du même auteur qui renfermaient des vérités positives. Ainsi d’une part, la disposition des esprits à ne voir partout que des choses surnaturelles , de l’autre , l’habitude de tout généraliser , et de substituer une théorie abstraite à l’observation des faits, furent cause qu’on ne profita pas, autant qu’on l’aurait pu, des voyages en Orient , et qu’on négligea les leçons de l’expérience.
On a remarqué que la médecine , pour qui l’é-
(i) Gerbertj Albert-le-Grand, Abbon de Fleury, et aunes illustres savans, furent accuses de magic par leurs contemporains. Voici ce que dit Rigord sur l’astronomie : « Depuis que le nombre des fidèles s’est multiplie, la » science de l’astronomie a disparu , et on l’a bannie de la » société des fidèles, comme une idolâtrie. » Vie de Philippe-Auguste, an ii8i.
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