‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 169 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

ludc lies faits est si nécessaire, et dont on ne put jamais contester l’utilité, était très peu avancée vers la fin des croisades. Un ancien préjugé défendait la dissection du corps humain ; et ce préjugé, que les papes consacrèrent par leurs anathèmes, nuisit beaucouj> aux progrès de l’anatomie. L’Eglise avait interdit aux clercs la profession de médecin (i), ce qui livra la médecine aux hommes les plus illétrés -, ajoutez à cela qu’on demandait alors aux reliques des saints le soulagement de tous les maux de l’humanité; il n’existait pas une chapelle , pas une église dont le patron n’eût la vertu de guérir quelques maladies du corps ou de l’esprit; avec de pareils moyens de guéiison, on ne sentait guère le besoin de consulter ou d’étudier la médecine.

Les Grecs et les Arabes avaient dans l’art de guérir une grande supériorité sur les Francs. Guillaume de Tyr nous apprend que les rois de Jérusalem et les chefs des colonies chrétiennes en Asie préférèrent toujours les médecins syriens ou juifs à ceux d’Occident. Au siège de Ptolémaïs , on voit Saladin envoyer ses médecins à Richard ; mais on ne voit point le roi d’Angleterre envoyer les siens à Saladin , qui était aussi tombé malade. A la première croisade de saint Louis , les médecins qui accompagnaient

(i) Quatre conciles tenus à difTérens intervalles, dans le douzième siècle, défendaient aux religieux d’exercer la profession de médecin. Lebœuf, Klat des sciences , pag. ‘zo3-

l’armée des croisés ne com prenaient rien aux ravages que le scorbut et les maladies épidémiques les plus ordinaires exerçaient dans le camp des chrétiens. Leur ignorance ne fut pas moins funeste que la contagion : lorsque Louis IX et ses guerriers furent prisonniers des Musulmans , les maladies qui les désolaient cessèrent lout-à-coup, parce qu’on ne les soigna plus, ou qu’ils reçurent les soins des médecins arabes (i). Nous ne pouvons nous défendre de faire ici un rapprochement assez curieux, qui nous montre que les saints, comme nous l’avons dit plus haut , opéraient alors plus de guérisons que la médecine. Saint Louis fut soigné sur les côtes de Carthage par un médecin français qui ne put le sauver, et lorsque ce médecin, rcvemi en France , tomba malade , il ne retrouva la santé et la vie que sur le tombeau du roi martj^r. On sait quelesOrientaux avaient découvcrtl’alambic avant les guerres saintes. L’Europe reçut d’Orient lui grand nombre de remèdes , tels que la casse , le séné, la thériaque; les médecins d’Occident s’en servirent sans chercher à les imiter ou à les perfectionner. Nous lisons dans l’histoire que Robert, duc de Normandie , en revenant de Jérusalem , reçut de l’école de Salerne un recueil de préceptes d’hjgiène, et ce recueil, qui se répandit dès-lors en

(i) Guillaume (le Nangis fait l’éloge des médecins musulmans qui soignèrent saint Louis, par ordre du sullan: Ils savaient mieux garir de telle maladie que nos physiciens ne savaient garir.

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