‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 17 sur 209 · I.ITRE XXT · texte numérisé non relu

I.ITRE XXT

envers leurs ennemis , ils furent souvent admirables dans leurs rapports entre eux, et l’histoire contemporaine se plaît à nous rappeler l’esprit de justice, la charité évangélique, les nobles sentimens qui animaient les pèlerins sous les drapeaux de la croix. « Si l’un des croisés, dit Foucher de » Chartres , perdait quelque chose , celui qui l’avait » trouvé le portait avec lui pendant plusieurs jours, » jusqu’à ce qu’il l’eût rendu de son plein gré, » comme il convient à des hommes qui ont en- » trepris le saint pèlerinage (i). » C’est ainsi que SC montrèrent les armées de la croix aux sièges de Nicée , d’Antioche et de Jérusalem. La troisième croisade offrit souvent le même spectacle j le chroniqueur Ausberg, qui accompagnait Frédéric le., parle ainsi des croisés allemands : « On ne peut )) dire assez de quelle manière admirable régnaient » dans cette armée la paix et la bonne foi. Si quel- » qu’un, ce qui arrivait souvent, avait laissé tom- » ber ou perdu par négligence une bourse pleine » d’or et d’argent, celui qui l’avait trouvée la » montrait partout, clicrchant à qui elle appar- » tenait, et la rendait aussitôt , sans que le nom- » bre des pièces ou le poids de la monnaie fût en » rien dirninué(2). » Ce respect de la propriété, cette probité scrupuleuse qui dirigeait la multitude confuse et misérable des pèlerins, doivent ex-

(1) Fmiclior Je Chartres. ( Diblioûi. des Crois. )

(2) Aiiiherg.. {Biblioth. des Crois.)

HISTOIRE DES CROISADFiï.

citer f|uolf|uc surprise dans iu»s sociétés modernes. Nous avons remarqué qu’au milieu des plus all’reuscs disettes , le peuple des croisés , vivant de racines et do l’iierbe des champs, ne poiüut point envie à ceux qui avaient des vivres, et qu’il resta toujours calme et soumis aux lois à l’aspect des provisions entassées par l’avarice. Il y avait des changeurs de monnaie à la suite des armées ; Odon de Deuil , qui suivit Louis VII en Asie, nous apprend que les tables des changeurs furent livrées au pillage sous les murs de Constantinople. Mais nous ne voyons point que ce désordre se soit renouvelé dans les autres expéditions. Nous ne trouvons pas dans les chroniques le moindre indice d’une insubordination ou d’une révolte occasionnée par l’excès de la misère , et ce fut là un des prodiges de la guerre sainte (i).

Les croisés ne surent pas aussi bien se préserver de la débauche et des vices enfantés par le climat d’Orient. On sait que tous ceux qui prenaient la croix n’allaient pas à Jérusalem pour faire pénitence et sanctifier leur vie. Un grand nombre de cénobites, malgré les défenses du pape , avaient déserté leur cloître, et les vertus de la solitude ne les suivaient pas toujours dans leur pèlerinage en Orient. On se rappelle l’exemple de ce moine qui , pendant le siège d’Antioche , fut surpris avec une rc-

(i) Le seul exemple <l’un désordre occasionné par la famine eut lieu au siégo de l’toléniais. Voyez notre exUait de Gauthier Vinisanf. ( Bihliolh. des Crois. ''

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