LIVRE XXL
lîf'knise, marqué d’un fer chaud et promené dans tout le camp en punition de son crime. Albert d’Aix nous parle d’une religieuse de Trêve, qu’on accusait d’avoir eu un commerce infâme et abominable avec wi Turc , et qui après être revenue au camp des chrétiens, retourna chez les infidèles, entraînée par sa honteuse passion (i).
Si les moines avaient pris le chemin de Jérusalem pour s’affranchir de la discipline, beaucoup de laïqiu's s’enrôlaient sous les bannières de la croix , dans Tunique dessein de se dérober aux devoirs et à Tuniforrnité de la vie domestique. Dès le premier temps des guerres saintes, les docteurs de TEglise condamnaient le mari qui partait pour TOrient sans le consentement de sa femme, ou Tépouse sans le consentement de son mari. Mais on ne tarda pas à se relâcher de cette morale sévère, et le Saint-Siège lui-même, dans la crainte de voir diminuer le nombre des pèlerins, laissa toute liberté aux époux qui prenaient la croix. Ainsi les mœurs delà famille ne furent point défendues contre les séductions d’une longue absence et les dangers d’un voyage lointain.
La présence des femmes dans les croisades fut une des causes de la corruption qui régna souvent parmi les soldats chrétiens. Gauthier Vinisauf regarde les femmes, dans ces expéditions lointaines , comme la source de tous les crimes yfomes delicto-
(1) Albert d’Aix. [Bibliolh. des Crois.)
mm ( i). On lit dans une lettre écrite par le frère Louis MarcilU à une demoiselle nommée Domicilia, que le diable n’avait jamais entendu prêcher une chose qui lui fît plus déplaisir qu’une croisade J «car dans le )) pèlerinage de la croix, une foule de nobles dames » allaient devenir conrtisannes , et des milliers de H jeunes filles allaient perdre leur innocence (2). » Les chroniques attribuent presque toujours les malheurs des croisés à la justice de Dieu, qu’avait irritée la licence des mœurs. Plusieurs fois les évêques défendirent le pèlerinage aux femmes de leur diocèse , à cause des péchés qui se commettaient sur la route d’Orient. Un roman en vers du treizième siècle nous apprend que le chevalier de Coucy se décida à prendre la croix, parce que la belle Gabrielle de Vergy devait aller dans la Palestine. « Quand vous » serez en Orient , disait l’écuyer Gobert à sou » maître, vous verrez votre dame plus facilement » que dans le comté de Fayel (3). »
Nous ajouterons que la corruption ne venait pas toujours desfemmes qui suivaient les armées. Dans les incursions des croisés les femmes des ennemis devenaient une partie du butin j les vainqueurs les gardaient avec eux ou les vendaient comme esclaves. Si nous en croyons les auteurs arabes , trois cents femmes achetées dans les îles voisines.
l'i) G.'iulhicr Vinisauf. {Biblioth. des Crois.)
(■i) I'2xtraii d’uut! lettre du Tasse.
(3) Flxirait du roman du cliâtciuin de Coiicy. {Biblioth, des Crois. )