‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 172 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

Go ne fut que vers Ja fui du douzième siècle qu’ou s’occupa, dans la chrélientc, des langues orientales,-ou sait que Guillaume de Tyr avait écrit l’iiistoircdes dynasties musulmanes d’après des historiens originaux (i). Les chroniques de Ja troisième croisade nous parlent d’un Renaud de Sidoii , qui s’entretenait souvent avec Saladin, dans le langage des Orientaux (a). Au siècle suivant, on enseignait les langues d’Orient dans quelques écoles , et surtout dans celles qui appartenaient aux frères prêcheurs et mineurs. Un décret du concile de Vienne ordonna que, dans les écoles de Louvain, de Salamanque et de Paris, on enseignerait la langue des Arabes et des Tartares (3). Gelto étude fut encouragée par les pontifes, lorsqu’on renonça à lever des armées pour combattre les infidèles, et qu’on eut la pensée d’envoyer en Orient, non plus

(1) Guillaume de Tyr, liv. i, pag. 6x6.

(■2) Parmi le pciii nombre d’hommes qui surent profiler de leur séjour en Orient pour apprendre les langues asiatiques, on cite Philippe, clerc de Gui de Valence, evêque de Tripoli, qui traduisit d’arabe en latin, par ordre de ce prélat, la lettre d'Aristote à Alexandre, intitulée ; Secreliim secreloruni Arislolclis. (Le savant Baluze avait dans ses manuscrits un exemplaire de cette traduction.) On cite encore Adélard do Balh , Anglais de naissance, qui traduisit les Élcmens d’Eiiclide et un Traité de l’Astrotahe. Rodolphe de Bugues traduisit aussi d’arabe en latin le Planisphère de Ploléméc, ( Voyez le discours sur l’état des lettres au douzième siècle, Ilist, littéraire de France. )

(3) Raymond Lulle, vers la fin du treizième siècle, pro-

3~j6 HISTOIRE DES CROISADES,

des guerriers, mais des prédicateurs et des missionnaires : rien n’était plus propre à favoriser les progrès de la science géograpliique, et la connaissance des lois et des mœurs de l’Asie.

La langue grecque avait été cultivée en France sous le règne de Charlemagne et de quelquesuns de ses successeurs; Gharles-le-Chauve, si on en croit l’histoire contemporaine, voulait faire de Corapiègne une rivale d’Athènes ou de Thèbes , et le nom de Cavlopolis qui lui fut donné , nous montre quel était alors le goût dominant ouplutôt la prétention de la cour impériale (i). De pareils projets ne pouvaient réussir dans des temps barbares; Compiègne ne tarda pas à perdre son surnom fastueux, et les successeurs d’Hincmar n’étudièrent plus la langue des Hellènes. L’antipathie des Grecs et des Latins, qui commença à cette époque, etqui ne fit que s’accroître d’âge en âge , ne permit pas que les pèlerins de Jérusalem et les guerriers de la croix profitassent de leur passage à Constantinople ou même de leur séjour dans la Grèce. Les marchands d’Italie , établis à Bisance, ne s’occupaient guère que d’enlever aux Grecs les trésors

posa à Philippe-le-Bel de doler des maisons où seraient enseignées les langues orientales. Le concile de Vienne adopta celte idée. Humbert de Romans fut un de ceux qui encouragèrent le plus les langues asiatiques. Ce fut lui qui mit en latin les lettres que le kan des Tartares envoya à I.ouis IX en i‘249-

(i) Lebœuf, Etal des sciences depuis Charlemagne jusqu au roi Robert f pag. 14.

Page 1