LIVRE XXII
des croisades. On se rappelle les prédications de Pierrc-rErmile, et l’efiet miraculeux (jue produisaient scs discours sur la multitude des ûdelcs. Parmi les orateurs à la voix desquels l’Europe se leva contre l’Orient , l’histoire contemporaine cite avec éloge Jacques de Vitry, Olivier Scholastique, tous deux célèbres par leur savoir et par leur talent oratoire. Elle a célébré aussi ce Foulques deNeuilly, qui lit tant de conversions, et dont l’éloquence inculte prêcha la croisade qui fonda l’empire latin tle Bysance. Tous ces prédicateurs eurent une grande inlluence sur les hommes de leur temps , mais aucun n’égala le génie de saint Bernard , qui mailrisa son siècle par le seul pouvoir de ses paroles, et que l’Europe croyait inspiré on ne sait par (juels oracles (i). Les légendes sont remplies des miracles qui accompagnèrent scs prédications en France et en Allemagne ^ mais la plus grande de toutes les merveilles était, sans contredit , l’autorité de ses discours, cette puissance de persuasion devant laquelle tout semblait lléchir, comme si le saint orateur eût répété les paroles de Dieu lui-même, et qu’il eût parlé des hauteurs du ciel. La plupart de scs discours ne sont pas venus jusqu’à nous^ mais ou peut au moins en juger par les lettres qu’il écrivait dans le même temps aux fidèles qui n’avaient pu l’entendre. Qui pourrait surtout lire sans émotion celte
(i) Gliroai([uc des Slaves. ( Dibliolh. des Crois.)
38o HISTOIRE DES CROISADES.
apologie qu’il adressa au pape Eugène(i), et dans laquelle il justifiait avec le ton et i’iuspiiation des prophètes la mission qu’il croyaitavoirrcçuedcDieu.
Nous avons fait connaître les exhortations des papes dans les conciles de Clermont, de Latrau , de Lyon et de Mantoue. On a vu avec quels acccus pathétiques les chefs de l’Église s’exprimaient sur les malheurs des chrétiens opprimés par les Musulmans. On trouverait peut-être plus d’éloquence encore dans les lettres et les circulaires que les pontifes adressaient aux fidèles. Il faut voir dans une bulle de Grégoire VIII comment le père des chrétiens déplore les calamités qui allligèrent la Terre-Sainte, lorsqu’à prés la bataillede Tibériade, après la perte de la vraie croix et la destruction de l’armée chrétienne, les troupes de Saladin se répandirent partout comme les flammes d’un vaste incendie ou les flots d’une mer débordée. Non, la langue de l’homme ne pouvait exprimer , la raison humaine ne pouvait comprendre le sujet d’une si grande affliction. Grégoire trouve la cause de tant de maux dans les péchés des fidèles d’Orient, et ne voyant autour de lui en Europe que discorde, désordre et scandale, il s’écrie avec le prophète: La vérité^ la science de Dieu ne sont donc plus sur la terre ! Le pontife s'adresse ensuite aux peuples chrétiens, et leur présente la croisade comme un moyen d’apaiser la
(i) 1,’apotogie «le S. Bernard a dlé copitfe en entier par Baronius, ad aiin. i i4q.