‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 175 sur 209 · LIVRE XXII. 3«i · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. 3«i

colère divine. Dieu leur dciiian Jait le sacrifice des biens périssables pour leur assurer la jouissance des biens étci nels j le temps était venu d’oublier les vaines grandeurs de l’iiomme , carTliomme ne s’élait pas lait lui-merne , et la faculté de créer un ciron était au-dessus des puissances de ce monde (i).

Dansunelcltrc adressée à rarchevêque de Rouen, Innocent IV ne s’exprime pas avec jnoins d’éloquence en parlant de la captivité de saint Louis et de la douleur des peuples d’Occident. « Ab ! Sei- » gneur, s’écrie le pontife, comment tant deguer- >1 I iers valeureux sont- ils tombés dans les batailles ? )) Voilà que le glaive des impies s’est enivré du sang » des justes , et s’csl rassasié de leur chair ! Le fer » du Sarrasin barbare a dévoré la nation que la » piété avait conduite soustes drapeaux ! les plaines » sont encore humides du sang qui a coulé pour » toi j la pourpre du sang de les martyrs brillesnr » le sol defOrientj leurs corps gisent sans sépul- )) lure, abandonnés aux oiseaux du ciel et aux

» animaux du désert Seigneur, tous les

)i enfans de l’Eglise versent des larmes ; les » cris de la douleur relenlisseut sur tous les » chemins; le deuil est peint sur tous les J) fronts ; chacun baisse ses yeux vers la terre : » il ne sort de la bouche des chrétiens que

(i) Voyez la traduction de cette bulle de Grégoire VIII dans les Pièces justificatives du deuxième volume de notre Histoire.

382 ITISTOIRE DES CROISADES.

» clc.s paroles lugubres (i). » Nous pourrions rappa- 1er d’autres lettres d’innocent i II, d’IIonorius IV, d’Urbain IV , et surtout de Pie II , qui passa sa vie à prêcher la croisade contre les oppresseurs de la Grèce. On voit par ces exemples qu’on s’adressant aux passions dominantes , l’e'loquence avait emprunté leur vivacité et leur génie. Il n’est pas jusqu’au.x simples chroniqueurs qui ne se montrent éloquens en déplorant la servitude de Sion , et qui, dans les harangues qu’ils font prononcer aux chefs des croisés, n’offrent quelquefois des modèles de l’art oratoire. Il s’eu fallait de beaucoup que l’éloquence des écoles et du barreau fût alors aussi avancée que celle qui s’adressait ainsi aux soldats de Jésus-Christ, et dont la noble mission était de prêcher en présence de la belliqueuse Europe la délivrance de Jérusalem et la conquête dusainl tombeau.

La poésie devait être encore plus en rapport avec le siècle merveilleux des croisades. Les troubadours qui florissaient dans le douzième siècle, ne négligèrent point les exploits et les aventures des croisés. On entend sans cesse leur voix se niêler à celle des orateurs sacrés , et leurs peintures poétiques se confondent souvent avec les narrations de l’histoire. On remarquait parmi les chevaliers de la croix un grand nombre de troubadours et de trouverres. Nous avons cité la romance do Raoul de Coucy (2), et les vers dans lesquels

(1) Lellrcs d’innocent IV. {Dihlioth. des Crois. )

(2) Nous avons donné un extrait du vieux roman du

Page 1