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mêmes leurs combats , leurs pe'rils , et tout ce qu’ils avaient appris dans leur vie errante (i). Au milieu de ces nobles assemblées , on se plaisait surtout à entendre ceux qui revenaient de la croisade ; les pèlerins de Jérusalem avaient toujours beaucoup de choses à raconter, et l’histoire de la guerre sainte commençait ainsi dans les manoirs des seigneurs. Par la grejffe Dieu, s’écriait le comte de Soissons, sur le champ de bataille dcMansourah, nous parlerons encore de cette journée, en chambrée, devant les dames Lorsque Villehardouiu racontait en français, ou plutôt dictait dans le ramage de son pays la conquête miraculeuse de Bysance par les guerriers latins, il avait sans doute la pensée que cette histoire serait lue et écoutée dans les châteaux de Provins et de Troyes. Le sire de Joinville avait souvent parlé, à la cour des rois de France, des vertus, des exploits et des malheurs de Louis IX, et tout nous porte à croire que la reine Marguerite engagea le bon sénéchal à écrire ce qu’elle avait entendu raconter , non seulement pour honorer la mémoire du saint
(i) Dans les cours et dans les châteaux, les chevaliers étaient obligés de débiter une histoire. Des clercs assermentés consignaient dans des registres les exploits de chaque chevalier, tels qu’il les racontaitlui-méme. Cet usage s’est maintenu jusque sous Charles VU. ( Sainte-Palaye , second Mémoire sur la chev. )
(a) Joinville. ( Hist. de S. Louis. )
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roi , mais afin que les uarralions qui l’avalent charmée lant de fois, ne fussent pas perdues pour les âges suivans.
Il est fâcheux que les romanciers et les poèlo.s de ces temps reculés n’aient pas imité, plus souvent qu’ils ne l’ont fait, l’héroïque simplicité do Villchardouin et de Joinville. Qu’y avait-il de plus favorable à la poésie et surtout à la muse épique, que le siècle des croisades? Quelques auteurs latins du -douzième siècle ont entrepris do célébrer les expéditions des croisés en Orient (i);' mais dédaignant les merveilles de leur sujet et les mœurs de leur temps , ils se traînent servilement sur les traces des anciens, et ne savent que répéter ce qu’ils ont vu dans Homère ou dans Virgile. Les romanciers qui ont parlé tles croisades n’ont jamais essayé de peindre les prodiges des guerres saintes, et nous montrent partout les chevaliers de la croix aux prises avec des dragons impétueux, des griffons et d’autres monstres qu’ils ont imaginés (2). C’est dans les récits simples et naïfs de l’histoire qu’il fallait chereber le merveilleux de cette époque, et, sous ce rapport, on peut dire que les chroniqueurs sont souvent les véritables poètes du moyen âge. L’auteur de la Jérusalem délivrée leur a fait d’heureux emprunts, et s’il les avait mieux connus, nous trouverions
(i) Foulque , Giton de Paris. ( Biblioth. des Crois. )
(0) Gandor de Douai , l’auteur du roman de Godefroi de Bouillon. {Biblioth, des Crois.)