‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 179 sur 209 · LIVRE XXII. 38o · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. 38o

sans arsenal (r). Dans plusieurs monastères il y avait des jours destinés à prier pour ceux qui avaient donné ou écrit des livres. Ainsi, les trésors littéraires des anciens temps ne manquèrent jamais de gardiens, et ces gardiens les ont conservés jusqu’à l’époque où l’imprimerie devait les protéger à jamais contre les ravages delà guerre, delà barbarie et du temps (2). La conservation des chefsd’œuvre produits par les anciens, fut un des plus grands miracles des siècles barbares, et l’Eglise latine, qui garda un si précieux dépôt, pourrait être comparée à cette arche du déluge qui sauva du naufrage universel toutes les merveilles vivantes de la création.

Vers la fiu des croisades, et quand les Turcs furent maîtres de Constantinople, les savans, exilés de leur patrie, vinrent s’établir en Italie, et les cltefs-d’œuvre de la Grèce, qu’ils firent connaître aux disciples des muses latines, payèrent les soins d’une hospitalité généreuse. Parmi les hommes éclairés à qui les muses grecques durent une ho-

(1) Claustrum sine amiario, quasi castrum sine armamentorio, paroles de Geoffroy , chanoine de Sainie-Barbeen-Auge , vers Tan 1 1 70.

(2) Nous regrettons de ne pouvoir nous arrêter plus longtemps à la conservation des livres au moyen âge; rien n’est plus curieux que les détails qu’on trouve à ce sujet dans le» vieilles annales. Nous renvoyons nos lecteurs aux mémoires de Lebœuf sur VElat des Sciences; on peut consulter aussi les Recherches sur les Bibliothèques , par M. Petit- Radel.

Sgo HISTOIRE DES CROISADES,

norable protection, on ne peut oublier le pape Nicolas V, qui, comme chef des chrétiens de l’Occident, excommuniait l’Eglise grecque, et, comme savant, semblait avoir voué uu culte au génie d’Homère et de Platon. U Iliade et YOdissée trouvèrent des lecteurs dans les lieux mêmes qui avaient inspiré YÉnéide; on relut les discours de Démosthènes sur les débris du Forum, où les savans croyaient entendre encore la voix de Cicéron ; le génie des Italiens , échaufl’é par les chefs-d’œuvre de l’ancienne Rome et de la vieille Athènes, produisit des chefs-d’œuvre nouveaux, et l’Italie offrit un phénomène que le monde ne verra peut-être plus, celui d’une nation qui obtint deux fois la palme de la littérature dans deux langues différentes.

Les Espagnols, qui avaient été si long- temps aux prises avec les Arabes , ne tardèrent pas à s’avancer dans la carrière de la civilisation, et leur littérature, quoiqu’elle jetât moins d’éclat, suivit de près la littérature italienne; l’Angleterre et la France, qui se firent si long-temps la guerre, se distinguèrent plus tard par la culture perfectionnée des sciences et des lettres. Les troubles, les révolutions qui désolèrent ces deux peuples , retardèrent pour eux les progrès de la civilisation naissante. La France, qui avait été le berceau des lumières , se vit , dans la suite, réduite à marcher sur les traces des autres nations. La langue française , qui fut d’abord universelle, se trouva tout-à-coup confinée dans les limites

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