LIVRE XXI
tlél);irqiicrenltoul-à-coup au cainpdePloiémaïs. Ou iloil croire que Louis IX ne laissa pas embai-quer Mir sa ÜoUe des l'emmes de mauvaise vie; mais il faut se rappeler que Guillaurae-longue-Épce avait surpris, dans un château près d’Alexandrie , un ;;rand nombre de dames musulmanes qu’il emmena en triomphe à l’armée chrétienne, et ce fut sans doute avec cette espèce de butin qu’on remplit les lieux de prostitution établis, selon Joinville, à un jet de pierre de la lente du roi (1).
Cependant, les armées de la croix nous offrent souvent le modèle des mœurs chrétiennes. Dans celle multitude de pèlerins, où le crime et la vertu étaient également accueillis, il devait se trouver de très grands contrastes. Nous remarquerons d’ailleurs que les croisés, comme tous les hommes qu’animent des passions vives , passaient facilement d’un excès à un autre. Bien ne caractéi ise mieux l’esprit mobile du peuple croisé , que ces subites et fréquentes transitions de la piété à l’oubli de la morale , et de l’excès du vice à la vertu la plus austère. Nous avons vu les pèlerins au siège d’Antioche plongés dans toutes sortes de désordres : mais les grandes calamités, un tremblement de terre , un phénomène aperçu dans le ciel, les prédications du clergé, les menaces de la religion et des lois, touchaient soudainement leurs cœurs , et la multitude la plus dissolue devenait lout-à-coup un peuple soumis et religieux. L’é-
(1) Voyez le xvi''. livre de uoUe Histoire.
4o HISTOIRE DES CROISADES,
véque d’Acre rapporte qu’aprés la prise do Damiette les soldats de la croix se livraient aux plus honteuses voluptés , à la plus grossière ivrognerie; qu’ils se déchiraient les uns les autres , quils troublaient méchamment les affaires de Jésus-Christ; ils n’avaient que des mépris pour le glaive de l’Eglise, et les sentences d’excommunication ne leur inspiraient aucune crainte. Quelque temps après, sans qu’on puisse savoir la cause d’un si grand changement, ces chrétiens, abandonnés à toutes sortes de déréglemens, se confessèrent et devinrent des hommes nouveaux. Jacques de Vitty , témoin oculaire, était si édifié de cette conversion, qu’il ne voyait plus dans l’armée du Seigneur qu’wn véritable couvent de moines {i)^ expression qui peint à-la-fois l’esprit de l’historien et celui des croisés.
Chaque nation conservait dans les croisades ses mœurs et ses usages; Raoul de Caen décrit assez longuement les mœurs des Provençaux, ou plutôt des croisés qui suivaient le comte de Toulouse. Ils avaient le regard fier , l’air hautain , une démarche pleine de vivacité ; ils ne différaient pas moins des Français, que la poule ne différé du canard (a) ; l’historien de Tancrède nous les représente occupés sans cesse à parer leurs mulets , plus prompts à chercher des vivres qu’à prendre les armes ,
(i) Lettre de Jacques de Vilry sur la prise de D-amieUc. ( Büiigurs , tom. II. )
(i) Raoul de Caen. {Diblioth. des Crois.)