‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 182 sur 209 · LIVRE XXII. 3f · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. 3f

foi. Quelques-uns se condamnent eux-mêmes au supplice de l’enfer, si jamais ils écrivent dans un esprit de prévention ou dehaine(i). D’autres, dans leur avaiil-propos , implorent la charité de leurs lecteurs ; et , s’adressant à la clémence divine , ils espèrent que Dieu leur pardonnera les erreurs qu’ils ont pu commettre, lorsqu’ils paraîtront devant son redoutable tribunal. Après de semblables protestations, si nos pieux historiens n’ont pas dit la vérité, on doit croire qu’ils ne la connaissaient point (2).

La plupart des chroniqueurs auraient cru manquer à leur devoir s’ils n’étaient remaniés à la création du monde, au déluge , ou tout au moins à l’empire des Césars. Pour marquer , dans leurs récits , l’époque des événemens , ils ont coutume de rappeler les fêtes du calendrier , et donnent ainsi à une simple date l’intérêt d’un souvenir religieux (3). Tantôt c’est une bataille qui a été livrée le jour de saint Pierre et de saint Paul ; tantôt c’est une ville qui a été prise à l’anniversaire de la mort du Sauveur, Comme au moyen âge la religion se

(1) Guillaume de Tyr. [Biblioth. des Crois. )

(2) Les e'crivains cénobites, séparés du monde, se irouvaient désintéressés dans l’histoire des grandeurs humaines, et cet isolement est aussi pour nous une garantie de leur impartialité. « Je vais parler, dit Orderic Vital, du roi » Guillaume et des changemens fâcheux qui s’opérèrent » en Angleterre et en Normandie, écrivant sans adulation , » parce que je u’attends rien ni des vainqueurs ni des vain- » eus.» {Ilist. de Normandie , liv. iii.l

(3) Voici comment Foucher de Chartres date la prise de Jérusalem : « Pour la quinzième fois , le soleil éclairait de

tnêlail à tout, la religion était toujours présente à la pensée des chroniqueurs. Après les intérêts de l’Eglise , venaient pour eux ceux de leur monastère. La fondation d’un couvent, la réunion d’une ferme, d’une vigne, d’un moulin aux domaines du cloître, ont souvent plus d’importance à leurs yeux, et tiennent plus de place dans leur narration que l’établissement d’un royaume ou la conquête d’une province. Nos bons chroniqueurs louent rarement dai>s les héros et les princes les qualités ou les vertus du siècle , mais seulement leur dévotion exemplaire et leur munificence envers les églises. Ils n’épargnent pas, dans leurs peintures, les mœurs de leurs contemporains ; et parmi les symptômes de la corruption générale , nous les voyons quelquefois signaler avec amertume les tuniques de soie à longues manches et descendant jusqu à terre ; les cheveux coupés sur le front et flottant par derrière à la manière des courtisanes , les souliers pointus , terminés en queue de scorpion(f). Ils ne négligent point de parler des événemens de la guerre ; mais ils s’occupent peu de savoir si une guerre est injuste, et se rangent volontiers du côté de la victoire •, les révolutions passent sous leurs

» sa lumière et brûlait de ses feux Tardent juillet; et , eu » ôtant un du nombre de onze cents, on avait le compte » des années écoulées depuis l’incarnation du Sauveur , » quand nous, peuples des Gaules, nous prîmes la ville do. » Jérusalem. » (Foucher de Chartres, ch. xviii.)

(i) Orderic Vital , llist. de Normandie.

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