‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 189 sur 209 · LIVRE XXII. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. 4i

iiiU', ou plutôt celle bonliomic ck%autc qui se fait remarquer dans .sa narration j cependant il abuse quelquefois de son savoir. On trouve, dans ses récits, Virgile cile’ à côte' d’Éze'cbiel, Juvénal avec Isaïe; et pour célébrer sa métropole de Tjr, le pieux historien ne craint pas de rappeler le souvenir profane de Didon. Les détails que l’histoire a coutume de négliger se trouvent J,rop souvent accumulés sous sa plume. Ainsi quand il nous retrace les portraits des rois de Jérusalem , il n’oublie pas de nous dire que Godefroi avait la barbe et les cheveux blonds ;queBaudouin 1er. avaitles cheveux roux, le nez aquilin, et que ce prince n’était ni trop gras ni trop maigre; que Baudouin II avait une taille haute, le visage coloré et les genoux endurcis par la prière. Toutefois, ces détails minutieux, que proscrit le goût sévère des modernes, ne sont peut-être pas trop déplacés dans l’histoire des vieux temps. Après avoir lu les portraits du bon archevêque, je ne sais quelle illusion s’empare de mon esprit, et j’éprouve un certain plaisir à penser que je reconnaîtrais tous les héros des croisades s’ils venaient à passer devant moi.

Nous devons ajouter ici que les derniers livres de Guillaume de Tyr n’ont ni l’intérêt ni le mérite des premiers. A mesure qu’il avance dans la carrière, et qu’il s’approche des temps où il a vécu, sa marche devient plus timide ; il avait mieux décrit la fondation et les progrès des colonies chrétiennes en Asie, qu’il ne décrit leur décadeuce. Arrivé au règne de Baudouin-lc-Lépreux, il s’afflige

4i4 insToiRE mis croisades.

de tout ce ([ii’il voit et do tout ce qu’il raconte; il n’osc caractériser les mœurs de ses contemporains, et la vérité lui paraît un fardeau pénible; de sinistres pressenlimens troublent sa pensée; tout-à-coup il s’arrête au milieu d’un récit commencé, et son silence devient pour ses lecteurs le triste présage des malheurs qui menacent Jérusalem.

Les chroniqueurs des guerres saintes excellent surtout à peindre les misètes des croisés qu’ils avaient partagées, et la vertu dont ils parlent le mieux est la résignation. Les souvenirs de l’Ecriture, les paroles des prophètes, lorsqu’ils ne les prodiguent pas trop, les servent merveilleusement dans leurs descriptions, et donnent à leurs tableaux quelque chose de poétique et de solennel dont l’imagination est frappée; leurs pensées et leurs images sont souvent une vive expression de cet enthousiasme belliqueux qui avait produit les guerres d’Orient. Un chroniqueur anglais, Raoul do Coggeshale, après avoir décrit l’invasion de la Palestine et les malheurs qu’il a soufferts, s’afflige de survivre aux pèlerins morts pour Jésus-Christ, et leur envie la poussière sacrée qui les couvre. « Mal- » heur à moi, s’écrie-t-il, qui suis le dernier des » pécheurs ! car, moins lieureux que mes frères, » je n’ai point reçu ma portion de la terre du Sei- » gneur. » On ne s’étonne point de voir cette mélancolie sombre, ce regret de n’ètre pas tombé sous les coups du vainqueur, dans l’histoire d’une guerre poursuivie au nom du ciel et loin de la patrie, dans une guerre qui n’offrait d’autre gloire

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