‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 20 sur 209 · LIVRE XXL · texte numérisé non relu

LIVRE XXL

fouillaDt sans cesse la lene avec leurs pointes de 1er, pour en extraire les racines et les semences , vendant du cliien pour du lièvre, de l’àne pour du chevreau , luisant mourir les clievaux d’aulrui pour s’en approprier la chair et les dépouilles. Ce tableau est sans doute fort exagéré; on trouve moins d’amertume et plus de vérité dans celui que la chronique de Tours nous retrace des dilTérens peuples qui composaient l’armée de Jean de Brienne. « Les Romains, dit l’auteur , ne cessaient >) d’étaler leur orgueil ; les Espagnols et les Gas- ») cons, de faire entendre leur babil facétieux, et les »i Germains , de montrer leur entêtement ; mais M la milice des Français, remarquable par sa mo- » deslie , ses mœurs et ses armes , se tenait avec » le roi de Jérusalem , les Templiers et les Hospi- » taIiers,loin du bruit et des clameurs (i). » Jacques de Vitry peint avec de vives couleurs le caractère et les mœurs des Allemands, des Français et des Italiens qui combattaient sous l’étendard de la croix ou qui s’étaient établis dans la Terre- Sainte, Les ItaUens étaient graves, circonspects , sobres dans les repas , polis dans leurs discours et leurs manières, fermes et opiniâtres dans leurs desseins, se soumettant dilllcilement aux auti'es, défendant leur liberté sur toute chose, fortement attachés à leurs institutions ; les Allemands , les Français et les Bretons avaient moins de gravité,

(i) Voyez les Pièces juslilicalives du troisième volume (le uutre Histoire.

4a HISTOIRE DES CROISADES,

plus d’ardeur; ils étaient plus adonnés aux excès <lo la table, plus prodigues, moins prudens , prompts à l’aclion , dévots, cliai itables, pleins de bravoure, aussi redoutables par leur cavalerie que les Italiens par leurs forces de mer. Le même auteur nous retrace les mœurs de tous les peuples de la Syrie , et surtout des liabitans de Jérusalem pendant les croisades. Ces tableaux ressemblent trop à la satire, pour que Hiistoire impartiale puisse les répéter dans ses récits. Si nous en croyons les chroniqueurs contemporains, le peuple de Dieu qui habitait la Palestine, montra d’abord la simplicité et rinnoccnce des habitaus d’Edcn; mais bientôt les moeurs se corrompirent , et l’enfer se hâta de préparer des logemens pour tous les vices ( i ) . Les règlemens du concile de Naplouse, tenu sous le règne de Baudouin II, révèlent des crimes que l’histoire n’ose nommer. La corruption et le désordre s’accroissaient encore par l’arrivée d’une foule d’hommes pervers que les lois de l’Occident avaient condamnés à nu pèlerinage, ou plutôt <î un exil perpétuel dans la Terre-Sainte.

Le tableau que nous venons do présenter ne renferme que des idées générales, et peut paraître incomplet à nos lecteurs ; mais nous devons faire remarquer (jue dans les chapitres suivans nous reviendrons sur le meme sujet , et que tout ce livre est consacré à peindre la physionomie morale des croisades.

(i) Jacques de Vitry. ( Dilliolh. des Crois. )

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