DE LA MULTITUDE QUI SUIVAIT LES CROISÉS
Les croisades, surtout la première, nous prèseutcnt le spectacle de tout un peuple qui passe d’un pays dans un autre. On sc tfouiperait si on pouvait croire que le plus grand nombre des pèlerins portaient les armes et combattaient sous les drapeaux du Christ. Il y avait à la suite des soldats de la croix une multitude comme dans toutes les grandes cités. On y trouvait des ouvriers, des hommes oisifs, des marchands, des pauvres et des riches, des clercs, des moines , des femmes et jusqu’à des enfans au berceau. Les Ecritures, qui nous ont représenté les misères, les passions, les vices, les vertus du peuple juif marchant à travers le désert, nous ont fait d’avance une histoire fidèle du peuple croisé qu’on appelait aussi le peuple de Dieu.
Un historien du douzième siècle nous peint assez bien la multitude dont nous parlons, en mettant CCS paroles dans la bouche des femmes , des infirmes , des vieillards qui partaient pour rOrient : « Vous combattrez les infidèles , disaient-ils aux >) guerriers; pour nous, nous soulTrirons pour la
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» cause de Jé.sus- Christ (i). » II est certain que Jamais etif'agement ne fut mieux rempli de part et d’autre; jamais la bravoure et la réHf;nation ne furent portées plus loin que dans une guerre qu’on peut justetnent appeler la guerre des héros et des martyrs.
Tandis que les guerriers de la croix combattaient ou se préparaient au combat, la multitude des pèlerins était en prières, faisait des processions , assistait aux prédications du clergé. Pendant la terrible bataille livrée au sultan de Mozoul , nous les voyAs, sur les remparts d’Antioche , levant les mains vers le ciel, chantant les cantiques de la victoire, implorant l’assistance du Dieu des armées (a). Toutes les fois qu’au siège de Damiette on livrait un assaut à la ville, une foule innombrable de chrétiens se rassemblaient sur la rive du Nil, portant la croix de Jésus-Christ, et répétant les oraisons belliqueuses des évêques; tantôt, les larmes aux yeux et la voix étoulFée par la crainte , ils se prosternaient en silence dans la poussière ; tantôt ils se livraient à la joie , et célébraient par leurs acclamations le triomphe des combattans (3). Dans l’intervalle des batailles, oa
(i) L’abbe Guibert , Coll, de Bongars. {Diblioth. des Crois. )
(a) Tudebode , Raymond d'*Agiles, etc. , Coll, de Bongars. Henri Huntington , jColl. des cliroiiiijucs anglaises. ( Bibliolh. des Crois. )
(3) Memorial des Podestats de Reggio. ( Bibliolh. des Crois. )