LIVRE XXL
traits pour les chevaliers de la croix ; et celle passion était commune aux Francs et aux Sarrasins. On sait que le prince de Mousul jouait aux écliecs , lorsque les croisés sortirent d.’Anlioclie pour lui livrer la bataille , où son armée fui détruite. Les chroniques du temps nous apprennent qu’après la prise d’Anlioche par les chrétiens, on ne trouva dans la place que de la cif’üe, du cumin , des jeux de dés et d’autres jeux de hasard (i). Pour connaître jusqu’à quel point les croisés portèrent souvent la passion du jeu , il suffira de lire les règlemens publiés dans différentes croisades. « Nul , dans toute » l’armée, dit un de ces règlemens, rapporté par » Brompton , ne pourra jouer de l’argent à aucune 1) espèce de jeu, excepté les chevaliers et les clercs, » qui ne pourront per dre que vingtsous danstoutle » jour et dans toute la nuit. >» Les ecclésiastiques et les chevaliers qui perdaient plus de vingt sous dans un jour, devaientpayer uneamende. Il n’y avaitque les rois qui pussent jouer selon leur bon plaisir. Les simples croisés qu’on surprenait jouant entre eux, étaient dépouillés de leurs vètemens , battus de verges au milieu de l’armée , pendant trois jours. Si les coupables appartenaient au service de mer, on les précipitait trois fois du haut d’un navire dans les flots (a).
On se rappelle qu’après la conquête de Constantinople , les simples chevaliers jouaient aux dés
(1) Albert d’Aix. {Biblioth. des Crois.)
(2) Brompton. {Biblioth. des Crois.)
5/, 111STÜI1U-: DLS CROISADES,
les cités et les provinces de l’empire grec (i). Les compagnons de saint Louis , pendant leur séjour à Damiette , jouaient jusqu’à leurs chevaux , jusqu’à leurs armes. 11 n^était point de mi.sère que le jeu ne fît oublier aux croisés. Après la captivité du roi de France en Egypte, et lorsque les débris de l’armée chrétienne revenaient par mer à Ptolémaïs, le comte d’Anjou et le comte de Poitiers jouaient aux dés dans le vaisseau du roi. Joinville, qui était présent, nous rapporte que Louis IX , plein de colère, renversa la table du jeu, s’empara des dés et jeta tout à la mer.
Parmi les divertissemens des soldats de la croLv , lorsqu’ils marchaient à la conquête de l’Asie, nous ne pouvons oublier les réjouis.sances tumultueuses et quelquefois immodérées de la victoire. Lorsqu’ils furent luaîtres de la capitale de la Syrie , les croi-r sés , si l’on en croit l’histoire contemporaine , passèrent trois jours et trois nuits au milieu des festins et des danses avec les femmes des SaiTasins (2).
Ap rès la prise de Ptolémaïs , on sait que les pèlerins se décidèrentavec peine à suivre Richard, s’avançant versJoppé, parce cpie la ville conquise renfermait du vin en abondance, et qu’on y trouvait beaucoup de belles femmes (3) . Lorsque Richard eut pris unecaravanne venant du Caire, on célébra cette
(1) Nicelas, Coll, des chroniques grecques. {Bibliolh, tics Crois.)
(2) Raymond d’Agilcs. {Bibliolh. des Crois. )
(3) Gaiilhicr Viiiisuuf. {Bibliol/i. des Crois.)