LIVRE XXL
Les chroniques arabes nous parlent de certaines femmes musulmanes qu’on élevait pour danster et se donner en spectacle à la cour des sultans et des émirs ( i ) . L’histoire nous dit que ce genre de spectacle ne trouva pas tousles croisés indifférens. Richard de Cornouailles , frère de Henri III, ramena avec lui, en Angleterre, plusieurs de ces femmes sarrasines, dont on admirait la souplesse élégante , et qui, sans perdre leur équilibre , s’accompagnant de la cymbale, dansaient sur des boules d’acier, avec la légèreté des vents (2).
Dans la troisième croisade, où les Francs et les Sarrasins restèrent si long-temps en présence, les guerriers chrétiens étalèrent souvent, devant leurs ennemis, la pompe et les solennités des fêtes militaires de l’Europe. Les Musulmans et Saladin luimême prirent quelque part à ces jeux de la chevalerie chrétienne; un neveu du sultan fut reçu chevalier par Richard , en présence même de l’armée
lui proposa six talensd’oroii le spectacle du jeu padremicpie. La même olTre avait été faite au roi Eric, de Damiemaiciv, lorsqu’il alla visiter les saints lieux. Eric prcfcia les talens d’or. Sigurd aima mieux voir le jeu padrémique dont Torfœus donne une description qui aurait besoin do commentaires.
(1) Extraits des auteurs arabes, §. 77. ( Biblioth. des Crois.) Il nous reste des vases musulmans , contemporains des croisades , où des courtisannes d’Orient sont représentées au milieu de leurs danses voluptueuses. ( Voyez la Description des monumens musulmans du cabinet de M. le duc de Blacas , par M. llcinaud , lom. II , pag. 437. )
(a) Mathieu Paris. (Z? tW/ot/i. des Crois.)
r.8 HISTOIRE DES CROISADES,
des croisés qui campait prcsd’Ascalou.Dansles jours consacrés à célébrer la {'Joire de la chevalerie, oiulut voir, toul-à-la-(bis , les céréfnonies et les exercices belliqueux de l'Orient et tle l’Occident (i).
Si nous en croyons un passage de l’historien Bromplon, les compagnons de Richard ne sc livraient pas toujours à des exercices aussi nobles que les tournois. Plusieurs seigneurs anglais et français étaient sortis de Messine , pour se livrer à leurs jeux accoutumés, et rentrant dans la ville, ils rencontrèrent la voilure d’un paysan qui portail au marché des cannes et des roseaux. Toui-à-coup les plus nobles chevaliers de la France et de l’Angleterre s’emparèrent de celle voiture de paysan. Les cannes qu’ils y trouvent deviennent comme des lances avec lesquelles ils s’allaqueut et se poursuivent dans les rues et sur les places publiques (9.) j ainsi tout ce qui ressemblait à un combat plaisait à des guerriers venus de si loin pour montrer leur valeur. Dans ce combat, qui eut toute la ville de Messine pour témoin, on s’attaqua d’abord en se jouant; on se disputa ensuite très sérieusement la viclüirc. Le roi d’Angleterre eut la honte d’elro vaincu par Guillaume des Barres; ettelfutle dé[>it de Richard Cœur-de-Lion, que le roi de France et tous les barons français le sollicitèrent en vain de pardonner à celai qui l’avait désarmé dans ce sia-
(1) Gauihicr Vinisauf. {Bibliolh. des Crois.)
(vi) IJiompion, Coll, des chroniques anglaises, {Bibliolh., des Crois. )