DES FEMMES DANS LES CROISADES
Quand les peuples se levaient tout entiers pour aller à la guerre sainte, les femmes devaient se trouver en grand nombre dans les camps. Il est bien difCcile néanmoins de les suivre dans ce lointain pèlerinage, car la plupart du temps riiistoire se borne à dire qu’elles sont parties sous les bannières de la croix • les chroniqueurs n’en parlent que dans des circonstances extraordinaires, ou bien lorsqu’ils ont à décrire la corruption qui régnait parmi les pèlerins.
La première fois que nous trouvons les femmes sur le champ de bataille, c’estàDorylée,oùles épouses et les filles des chevaliers et des barons, craignantde tomber entre les mains de l’ennemi , se couvrirent de leurs diamans, et se revêtirent de leur parure la plus brillante, avec l’intention de toucher et d’amollir le cœur des barbares (i). L’historien qui nous rapporte ce fait ajoute que lorsque le danger
(i) Albert d’Aix. Voyez le onzième livre de notre Histoire.
Cl HISTOIRE DES CROIS.VDElS.
lui passé , les feniiues so jelôroul dans Ja mOlt'o , apportant des vivres, de l’eau, des armes, sans doute pour faire oublier un moment de faiblesse, et pour expier le tort qu’elles avaient eu de se parer pour les Turcs. Le trait qu’on vient de lire offre un j;rand contraste avec l’héroïque pudeur de ces religieuses de Sainte-Claire, qui, lors de la prise et de la ruine de Ptolémaïs, se meurtrirent le front , ensanglantèrent leur visage , et se présentèrent ainsi au glaive des Sarrasins (i).
Nou.s ne parlerons point ici de Florine, fille du duc de Bourgogne, qui mourut avec Suenon sur la route d’Antioche, ni de Marguerite de Hainaut, qui parcourut l’Orient , en cherchant son époux tombé sous les coups des Turcs, ni de la princesse Ida, qui disparut dans le tumulte d’une bataille, et qui finit ses jours dans les harems du calife de Bagdad (2). Après la sixième croisade, la reine de Hongrie, épouse de Bêla, se voua au service de Jésus-Christ, et resta dans la Terre-Sainte. La femme de Thierry Vi, comte de Flandre, ayant suivi son mari en Orient, voulut y mourir , et prit le voile à Béthanie (3) .
Lorsqu’après la prise de Jérusalem Guillaume de Poitou partait pour l’Orient, il fut suivi d’un grand nombre de femmes et de jeunes filles. Al-
(0 ViUo Durand, Coll, des dironiques allemandes. (JJibliolh. des Crois.)
(9.) Albert d’Aix. (Bihliotfi. des Crois.)
(3) Chronique belge. {Biblioth. des Crois. )