‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 31 sur 209 · LIVRE XXt. G · texte numérisé non relu

LIVRE XXt. G

bcrt d’Aix nous dit (|tie les nobles dames de la France, de l’Allemagne et de l’Ilalie qui avaient pris la croix, périrent misérablement dans l’Asie mineure , abandonnées j)ar leurs cbevaliers , et tombées entre les mains des Turcs , que leur chevelure hideuse , leur barbe épaisse , leurs vêtemens bizarres rendaient semblables aux démons (i). Un historien grec qui parle du passage de Louis VII et de l’empereur Conrad à Constantinople, nous apprend que sous les drapeaux de la croix on voyait un bataillon de femmes couvertes de leurs armes , qui avaient un commandant de leur sexe, dont on admirait l’éclatante parure, et qu’on appelait /fl dame aux jambes d’or{p).

Trois grandes reines se rendirent en Orient pendant les croisades, Eléonore de Guienne, Marguerite de France, et Bérengère deNavarre.Nous avons dit que la cour de Richard, où se trouvaient la reine Bérengère et la fdled’Isaac, fut l’objet de quelques chansons satiriques, qu’on répétait dans Farmée chrétienne ^3). On serappelleque Margueritese jeta à genoux devant son écu^'er, et le conjura de lui couper la tête si elle tombait entre les mains des Musulmans (4)- Eléonore n’eut pas une si grande peur des Turcs. On sait quelles furent les suites de sa

(i) Albert d’Aix. des Crois.)

(9.) Cinnan , Coll, des chroniques grecques. ( Bihlioth. des Crois. )

(3) Gauthier Vinisauf. {Biblioth. des Crois.)

(4) Joinville.

r>4 HISTOIRE DES CROISADES,

coiuluile , pour elle-même et pour la France; après s’ctre séparée dans sa jeunesse d’un mari qu’elle avait accompagné à Jérusalem, nous la voyons dans un âge plus avancé gémir sur le sort d’un fils surpris et jeté dans les fers, lorsqu’il re-^ venait de la Terre-Sainte. Si celte princesse, comme épouse de Louis Vil, laissa des souvenirs peu favorables à sa gloire , d’un autre coté, combien sont touchantes les lettres où la tendresse éplorée d’une mère demandait au Saint-Siège la liberté de Ri-^ chard Cœur-de-Lion (i).

Quand les croisés prirent la route de la mer, on ne vit plus un aussi grand nombre de femmes sous les drapeaux de la croix. Dans l’expédition de Richard et de Philippe-Auguste , il ne fut permis de recevoir sur les vaisseaux que les lavandières, encore devait-on les juger à l’abri de tout soupçon (2) ; néanmoins les autcursarabes nous apprennentqu’on trouva plusieurs fols parmi les morts des femmes qui avaient combattu avec les croisés, et portaient l’armure elle vêlement des guerriers de l’Occident (3). Une femme, dont l’histoire ne nous a point conservé le nom, se distingua dans celle croisade par un

(1) Voyez, dans nos extraits des actes de Rymer, les lettres <jue Pierre de Blois e'erivit à ce sujet au pape Célestiii, au nom d’Elconore. [Bihlioth. des Crois.)

(2) Gauthier Vinisauf, Gervais, Brompton, etc. {Bihliûlh. des Crois. )

(3) Extraits des auteurs arabes, §. f\ü, 48 et 58. {Bibliolhi

des Crois. ) ’ *

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