‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 32 sur 209 · LIVRE XXI. «lî · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. «lî

Irait d'iieroïsme (psi mérite d’èlre cité : Lesassiégeans s’occupaiciit do coiuhler uii l'ossé de Ptolémaïs; riiéroïac chrélicoue qui se trouvait dans la foule de ceux qui jetaient de la terre, des pierres, du bois, fut atteinte et renversée par un javelot ; comme elle était blessée mortellement, elle appela son mari et le conjura, lorsqu’elle serait morte, de la jeter elle-même dans le fossé, pour qu’elle pût encore s’associer après son lré|)as aux travaux et aux victoires des chrétiens (i). Dans wi poënie latin , dont il nous est resté des fragmens, un moine de Froidrnont raconte les aventures guerrières de sa sœur Marguerite , qui se trouva dans Jérusalem assiégée par Saladin. Cette amazone de la croix se rangea parmi les combattaiis , armée d’une fronde, et le front couvert d’un vase d’airain en forme de casque. Echappée au glaive des combats, aux fers des Sarrasins , seule et abandonnée, ne conservant plus qu’un p.sautier, la jeune Marguerite traversa, au milieu des plus grands périls, la S^rie et l’Asie mineure, et revint en Europe, où elle s’ensevelit dans un'cloîtrc près de Laon (2). Si les femmes /le purent se montrer que rarement au milieu des combats, elles ranimèrent quelquefois la valeur des guerriers par leurs discours. Au nombre de celles qui firent admirer leur caractère dans les croisades, nous devons surtout rappeler le nom d’Adèle , comtesse de Blois, qui ne put supporter la honte de son mari, déserteur de la guerre sainte. Elle le

(1) Gauthier Viiiisauf. (2) Thomas. {Bibl. des Crois.)

CO IIlSTOmE DES CROISADES,

força, par scs prières, à rctouracr en Orioiil , car elle aimait mieux le voir mort que soupçonné il’a- Yoir manqué à riionneur tlo la clicvalerie (i).

Nous ne pouvons nous dispenser de parler ici de la croisade dans laquelle les femmes donnèrent seules le signal et l’exemple. Trente ans apiès la mort de Louis IX, le Saint-Siège exhorta les peu- ])les de rOccident à prendre les amies contre les infidèles. Ses exhortations apostoliques ne furent entendues qpe de quelques dames génoises , (jui firent le serment de délivrer la Terre-Sainte (2). La cour de Rome, en applaudissant à leur zèle , avait sans doute l’espérance d’exciter l’émulation de la chevalerie chrétienne ; mais les chevaliers ne songeaient plus alors à la délivrance de Jérusalem ; les dames de Gènes demeurèrent seules dans la lice, et la croisade ne fut point entrc|uisc. 11 no nous reste aujourd’hui pour attester le dévouement des amazones chrétiennes , que les bulles de 13oni- J'acc VllI et le témoignage d’un voyageur qui a vu dans le siècle dernier les casques et les boucliers préparés pour celte expédition singulière (3).

Sans doute que les femmes se distinguèrent dans les croisades par les vertus qui leur sont propres. Combien de fois, dans ces longs pèlerinages, ne furent-elles pas occupées de soigner les malades et les blessés, de soulager la misère des pèlerins , do

(1) Ordcric ViUil. {liihlioth. des Crois.)

(2) Rayiialdi , an. i3oo.

(3) 1/aulcnr du Nouveau T'oj-age d‘ ludie , traduii de faiiglais, 3 vtd. iii-12. I.a Haye, l'joa.

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con.solcr tous cou.\ qui soulTralent j mais les vertus • simples et modestes n’ont pas fixé les regards de riiistoirc contemporaine, cl nous ne pouvons aujourd’hui rendre qu’un imparfait hommage aux héroïnes de la charité. Si l’ambition cl i’amour de la gloire déterminèrent beaucoup de chevaliers à prendre la croix, on doit penser que la passion tle l’amour dut entraîner aussi beaucoup de femmes dans des expéditions où s’enrôlait la jeunesse belli(]ueuse , et que les senlimens qu’inspire la beauté se mêlèrent quelquefois aux senlimens graves et austères de la guerre sainte. Les troubadours contemporains de la troisième croisade nous ont laissé le touchant souvenir de Raoul de Coud et de la malheureuse épouse du seigneur de Favel. Le chantre de Godefroi a célébré dans ses vers les amours île Suenon et de la fdle du duc de Bourgogne. Nos vieilles chroniques, il est vrai , citent peu d’exemples semblables, et leurs récits ne nous oflrent que rarement des aventures romanc.squcs. L’histoire de cette époque, composée par des clercs ou des moines, tout occupés de nous montrer lu bravoure et la dévotion des pèlerins, a laissé aux lomanciers et aux poètes le soin de peindre les passions et les amours profanes des chevaliers de la croix. .

Puisque nous en sommes à parler des femmes dans les guerres saintes, qu’il nous soit permis de dire un mot des femmes de rOrienl et de la manière dont le Tasse nous les représente dans la Jérusalem délivrée. Nous avons déjà parlé de la mère de Kerbogah, qui lisait l’avenir dans lésas- *

C8 IlISTOlUK Di;s CnOIS.VDRS.

1res et chorcliait à cliUuuriicr suii liis de la guerre eonlre les clirelieiis. 11 y a loin des piediclioiis do eetle princesse inusulmanc à la pompeuse ficliou d’Armide. De tous les clirouitpîeurs d'OceideuL , Ürd ericA'ital est le seul qui nous montre les fetiimes de l’Orient prenant quehpie part aux evénemens de la guerre. L’iiisloricn de la Normandie nous parle de la fdlc de Soliman, un des e'inirs de l’Asie mineure , qui retenait Boliémond dans les 1ers. Mtdas, c’est ainsi- qu’il appelle la princesse musulmane, s’intéressait vivement au sort du prince d’Anlioclie et de ses compagnons d’infortune , qu’elle visitait eliaque jour dans leur prison. Elle engagea ces valeureux captifs à combattre les ennemis de son père ,• mais celui-ci, quoiqu’il eût été secouru eülcacement, ne pardonnait point à sa fille l'intérét qu’elle [)ortait à des soldais chrétiens, et la qualilication de pessinia merelrix , qu’il lui donna dans sa colère, nous l'ait connaître le genre de soupçon que lui inspirait la conduite de Mêlas. Il n’y a rien dans tout cela qui lessenible à la fière Ciorinde ni aux amours de Tancrède. Ee même historien, en racontant la captivité de Baudouin , roi de Jérusalem , nous parle des trois femrqes de l’iunir Balac, lesquelles se trouvaient dans une forleressc oi'i se défendaient les guerriers chrétiens. Une de ces femmes, Falime, qui s’intéressait aux soldats du Christ , et qui avait gramic j)cur d’clre rendue à son mari, conseillait à Baud.ouin et à ses compagnons de sc défendre jusqu’à la dernière extrémité, leur faisant redouter les chansons satiriijucs des soldats , et leur rappelant les

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