LIVRE XX.I
prodiges et la durée du siège de T roie ( 1) . On ne truiivc rien dans ce récil que l’iiisloire dui-ve adoj»- 1er , el dont la muse épique puisse s’enricliir. Grdcric fait mention d’une troisième femme musulmane ; c’est la fille du gouverneur d’Anlioclie, tombée aux mains des croisés après la prise de cette ville. Lorsqu’on la rendit à sa famille elle se mit à pleurer; et comme on lui demandait quel était son chagrin , elle répondit : Je ne pourrai plus manger de l’ excellente chair de^ porc^ Telle est la princesse dont le Tasse a fait le personnage si brillant et si poétique d’Herrainie.
L’esprit et les couluinos de l’islamisme ne permettaient pas aux femmes de paraître sur le théâtre des événemens politiques. Pendant toute la durée des croisades^ nous ne voyons qu’une seule femme musulmane , dont le nom se trouve mêlé aux affaires de celte époque. L’épouse favorite de Ncgmeddin monta, par scs intrigues, sur le trône des sultans du Caire. Tout le peuple des croyans fut scandalisé d’une semblable innovation , et le calife de Bagdad demanda aux émirs d’Égypte si ce vaste pays n’avait plus d’hommes pour le gouverncr(2). On reproche avec raison au Tasse de n’avoir pas assez étudié les mœurs des Musulmans; cl si on entreprenait de traduire son poeme dans une langue orientale , il est probable que cette langue
(1) Ordcric Vilal. ( Dibliolh. des Crois. )
(2) Extraits des auteurs arabes, §. 85. {liibliolft. des Crois. )
mauquerait d’expressions pour rendre fidèlement plusieurs de ses récits et de scs tableaux. J’espère que l’ombre du Tasse me pardonnera cette observation critique, et qu’on eu sentira comme moi la vérité. Le goût, ou plutôt cette raison suprême qui préside aux chefs-d’œuvre des arts, abandonne quelquefois les événemens humains aux fantaisies des poètes , mais elle impose à la poésie, comme ù l’histoire, le devoir d’être exact dans la peinture des caractères et des mœurs.