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CHAPITRE IX

DU RASSEMBLEMENT DES ARMÉES CHRÉTIENNES , ET DES MOYENS DE SE PROCURER DE l’aKGENT DANS LES CROISADES.

La première croisade présente le spectacle d’un grand mouvement parmi les nations, mouvement qu’aucune puissance humaine n’avait préparé , et que les vieux historiens ne peuvent expliquer qu’en nous le représentant comme une inspiration deDicu. On n’y trouve d’abord aucun ordre, aucune direction , aucun chef prépondérant J mais l’opinion était si forte et si puissante, qu’elle suffisait à tout, et qu’elle tenait lieu des lois elles-mêmes : cetle opinion était, en quelque sorte, comme une providence qui veillait au maintien de l’ordre public, présidait aux préparatifs de la guerre, et conduisait les événemens.

Dans la seconde croisade, la prédication de l’abbé de Clairvaux, et les plaintes des chrétiens d’Orient, excitèrent encore un vif enthousiasme parmi les fidèles ; mais cet enthousiasme eut quelque chose de plus régulier que dans la première èxpédition. Les conseils de saint Bernard et son refus de conduire en Asie les guerriers de la croix, furent un véritable hommage rendu à l’autorité de l’expérience comme à l’autorité des princes. Les croisés

8a HISTOIRE DES CROt&VDES.

d’Allemagne et de France se rangèrent sans" trouble et sans désordre sous l’étendard de Louis VII et de l’empereur Conrad. En parlant des députés que Louis-le-Jeune envoya à l’empereur de Constantinople, Odon de Deuil dit qu’il ignore les noms de ces ambassadeurs, parce qu’ils n’ont point été écrits sur le livre de route. Nous voyons par-là qu’il existaitdans la seconde croisade un registre, ou, comme on l’appelait alors, un rôle sur lequel était inscrit le nom de tous les croisés, ou du moins de ceux qui portaient les armes. Dans la troisième croisade , les grands donnèrent l’exemple de leur dévouement à la cause de Jésus-Christ, et de toutes parts, la multitude des pèlerins se présenta pour les suivre. L’Europe semblait attendre des chefs pour se précipiter sur l’Orient, et les princes se trouvèrent dès-lors en possession de diriger les armées de la croix. La défense faite en Allemagne de recevoir dans l’armée chrétienne les pèlerins qui n’emportaient pas avec eux la valeur de trois marcs d’argent, prouve d’une part qu’on prenait des précautions, de l’autre qu’on reconnaissait une autorité à laquelle les pèlerins devaient obéir ( I ).En France et en Angleterre, les serfs, les laboureurs, les bourgeois des villes ne pouvaient prendre la croix sans la permission de leurs seigneurs (2). Tous les croisés qui n’obtenaient pas cette permission étaient condamnés à payer la dime saladine comme ceux qui restaient en Occident ,

(1) Ülton de Sainl-Blaise. {Biblioth. des Crois.)

(2) Gervais, Coll, des chroniques anglaises. ( Biblioth. des Crois. )

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