‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 39 sur 209 · livre XXI · texte numérisé non relu

livre XXI

preuve évidenle que les chemins du pèlerinage n’ètaient pas ouverts à tout le monde comme dans la première guerre sainte, et que le grand mouvement des croisades commençait à se régler parles lois et les usages établis. Plus tard le cardinal de Courçon, qui prêcha en France la guerre sacrée, voulut faire des règlemens au nom de la croix, et cette conduite du légat fut regardée comme une véritable usurpation des droits du prince (i). Il nous reste à ce sujet une correspondance entre le Saint-Siège et Philippe- Auguste, qui nous représente le roi de France suspendant le départ des croisés et le pape obligé de recourir à la prière pour que la croisade ne souffrît ni obstacle, ni retard (2). L’histoire contemporaine ajoute que les prédications du légat romain ne portèrent que peu de fruits pour la guerre sainte, et qu’en donnant la croix à tous ceux qui se présentaient, il mécontenta les chevaliers et les barons (3), ce qui achève de démontrer que les croisades dépendaient chaque jour davantage de l’autorité des grands et des monarques.

On sait que la plupart des croisés allemands partirent avec FrédéricBarberousse, et lorsqueFrédéric expira , l’armée victorieuse qu’il conduisait se dispersa et disparut avec son illustre chef. L’empereur Hen r i VI se fit reconnaître pour chef de la quatrième croisade, en prenant l’engagement de donner à cha-

(1) M. du Theil, Notices des manuscrits, lom. Vi.

(2) Spicilége de d’Achery. ( Biblioth, des Crois. )

(3) M. du Theil, Notices des manuscrits, tom. vi .

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qtie croisé trois onces d’or et<les vivres pour un an J quand ce prince inouruldan5laPouille,lousles pèlerins qu’il avait envoyés en Orient se UAtèrent de revenir en Europe, malgré les efforts que fit IcSaint-Siégc pour les retenir sous les drapeaux de la croix (i).

Nous trouvons dans une chronique d’Italie un état des soldats que devaient fournir tous les prélats du pays de Naples à la croisade de Frédéric II (2). Dans une chi'oniquc de Brême, il est dit que le pape, de concert avec l’empereur d’Allemagne, arrêta que les ducs, les archevêques et évêques, les comtes et les barons fourniraient un certain nombre de guerriers pour secourir la Terre-Sainte. La ville de Brême fournit son contingent, qui fut conduit en Asie par deux consuls , et reçut de l’empereur des armoiries particulières pour les services rendus pendant le siège et la prise de Sidon. Après la conquête de Damiette, au temps de Jean de Brienne, la ville de Harlem obtint aussi quelques privilèges du chef de l’empire , comme prix des exploits par lesquels ses citoyens s’étaient distingués en Egypte (3).

On doit conclure des faits qui viennent d’être rapportés qu’on avait appliqué aux guerres saintes les usages du système féodal. De même que dans les temps primitifs, la religion chrétienne, pour ses cérémonies et ses pratiques, avait adopté quelques-

(1) Résumé des actes des papes dans les croisades. ( Biblioth. des Crois. )

(a) Chronique de Nérilo. {Biblioth. des Crois.)

(3) Grande Chronique de Brême. {Biblioth. des Crois.)

b> ^'rsrigle

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unes des coutumes du paganisme, ainsi rcspiil religieux dos croisades s’ctail mêlé aux institutions et aux usages des Sociétés contemporaines. Dans les prédications dos guerres saintes, les croisc's étaient souvent désignés comme vassaux du fils do Dieu ; un troubadour du douzième siècle parle de Jérusalem comme du fief de Jésus-Christ (i). Le pape Innocent III compare ceux qui ne volent pas au secours de la Terre-Sainte à des vassaux infidèles qui refusentà leur roi ou à leur seigneur prisonnier le secours de leurs bras, de leurs trésors et de leurs armes (a). Lorsqu’un baron ou un chevalier prenait la croix, il lui semblait qu’il entrait au service de Dieu , et qu'il s’établissait entre le ciel et lui une réciprocité d’obéissance et de protection. C'est ce qui explique les plaintes si étranges que les croisés ailressaient quelquefois au ciel, inspirés par leur désespoir : « O Dieu puissant ! s’écriait l’nn d’eux » dans des jours de calamité, si lu abandonnes de la » sorte ceux qui te servent, quels sont les chrétiens » qui voudront rester à ton service (3). >. Une chronique nous rapporte que les croisés tués sous les murs d’Antioche, lorsqu’ils parurent devant le

( i) Aymeri de Valqueras. ( Voyez à la fin du qiialrième volume de notre Ilisloirc rc'claircissenicnt ([iie nous a fourni M- Raynouard siir les troubadours.)

(•j) Cette idee se trouve exprimée dans une lettre d’innocent lit ,qui l'ait partie des Pièces justificatives du troisième voluniu de notre Histoire.

(3) Paroles du prince Guy, frère de Dobèmoinl. Voyez Tiidi'bode cl Robert-le-Moinc. {JUbliolh. des Crois.)

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tronc de rÉlcrncl avec l’ctolo blanche cl la couronne du martyre , lui adressèrent ces paroles : « Pourquoi ti as-Lu pas vengé notre sang qui a « coulé aujourd’hui pour toi (i) V » JX’esl-ce pas ainsi que dans le rè^dme féodal un vas.sal se serait j)laint de son seigneur qui l’aurait abandonné ? Une antre chronique, en parlant des secours miraculeux que le ciel envoyait aux croisés, ne manque pas d’ajouter que ces secours leur étaient bien dus pour leur zèle à défendre la cause du Christ, et pour leur constance dans le service de Dieu (2). Ainsi les traditions et les usages de l’Europe accompagnaient en Asie ceux qui allaient combattre pour l’héritage de Jésus-Clirist ou pour le royaume du ciel; on suivait les rois et le.s princes, comme les graïuls vassaux ou \es chevetains du Dieu des armées, et telle était la force des habûîudes aj)portées d’Occideut , que le gouvernement féodal s^’établissait comme de lui-meme dans tousles pays conquis par les armes des croisés, (3).

Nous avons montré les armées chrétiennes réunies sous les drapeaux des princes et des rois; venons maintenant aux moyens qu’on avait de

(1) Tiuleboiic. {Dihlioth. des Crois.)

(2) L’abbc Guibcil. {Dibtiolh. des Crois.)

(3) Lorsqu’on n’eprouva plus que des revers , lorsque le.s seigneurs s’apcrçuieiil que les cioisades d<:voraieiil leurs revenus cl leur puissance , ils refusèreiil d’aller en Palestine , craignant de se ruiner. Louis IX lut obligé de donner ui;c solde aux chevaliers et aux barons, pour h;s entraîner avec lui au-delà des mers. ( Voyez sur celle solde les Pièces jiisiincatlves du tome cinquièiuc de notre Histoire. )

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