LIVRE XXt
d’élro rapporlé. L’autt’iir des gesles de Louis VII, après avoir raconté la délaite des armées chrétiennes dans TAsie mineure, déclare que les jugenicns de Dieu ne doivent jamais être censurés,
« mais que néanmoins, il parait extraordinaire à w la faible raison des hommes , que les Français,
» nation pieuse et soumise à la loi divine, aient » été vaincus par ceux qui haïssent la loi du » Christ (i). » La mort de Frédéric Barberousse et la ruine entière d’une armée florissante , partie des bords duRhin et duDauube, durent jeter toute l’Allemagne dans la consternation. Les chroniques du temps, qui racontent les désastres de l’armée impériale, disent que lésâmes chrétiennes n’osaient interroger les volontés du cielj « car ces volontés ^ » terribles étaient comme autant d’abîmes, devant » lesquels l’esprit de l’homme restait confondu et M troublé (2). » Un historien allemand qui accompagnait l'empereur , craint que son désespoir ne paraisse accuser les œuvres de Dieu , et se hâte d’exprimer sa résignation par cette réflexion pieuse : « Rapportons-nous en au jugement de celui à qui )i personne n’ose dire : pourquoi avez-vous fait » cela (3). »
De toutes les calamités des croisades, celle qui causa en Europe le plus de surprise et de douleur.
(1) Gesles de Louis VII, Coll, de Duchesne. {Bihlioth. des Crois. )
(2) Gaulhicr Vinisauf. (ZÎ/â/zb/A. rfei C/’ow.)
(3) { üiblioth. des Crois.) .
6 HISTOIRE DES CRüISADl^.
fut sans doute la captivité de Louis IX , en Egypte. Au rapport des historiens du temps, un grand nombre de croisés abandounèrent la religion de Jésus-Christ, pour embrasser la religion triomphante de Mahomet. En France, en Allemagne , surtout en Italie, la foi de plusieurs fut ébranlée (i). Le pape lui-même n’osait lever le voile impénétrable qui semblait dérober la bonté divine aux regards des fidèles j et dans scs lettres adressées au clergé de France , au monarque captif , il ne peut concevoir que Dieu ait envoyé tant de maux à ceux qui combattaient pour sa cause. « Seigneur » Jésus (ce sont les expressions d’innocent), qu’il » me soit permis de vous demander avec crainte » pourquoi vous vous ôtes appesanti sur le plus » ebrélien des princes, et sur sa pieuse armée, qui . )) brûlant d’une sainte ardeur, sont allés au-delà » des mers braver tous les périls, pour défendre » votre nom (2). » Le chef de l’Église craignait que la foi des enfans de Dieu ne pérît par le scandale et que le monde n’accusât de sévérité les arrêts du juge suprême.
Ces plaintes mystérieuses, ces senti mens qu’on a de la peine à expliquer, et qui nous rappellent quelquefois la fatalité des anciens avec scs maux
(1) Mathieu Paris a fait une peinture fort curieuse du deuil de l’Europe à la nouvelle de la captivité du saint roi. ( Voyez l’analyse de Mathieu Paris , Biblioth. des Crois. ) (■i) Les lettres qu’innocent IV écrivit an sujet des désasti es de saint Louis ont été analysées dans la Biblioth. des Crois.