LIVRE XXI
vaient clans les campa^nps, cl qu’ils froissaient dans leurs mains (i). Ce fut bien pire clans les armées qui vinrent après la prise de Jérusalem. Ayant à traverser toute l’Asie mineure , elles prirent des vivres pour quelcjues jours , espérant arriver sans obstacle dans le Korosan ou dans la Terre promise. La famine et la maladie livrèrent bientôt toute cette multitude au glaive des Turcs.
Quand les pèlerins s’approchaient des cotes delà mer , des vaisseaux leur apportaient des provisions ; mais ces secours n’arrivaient pas toujours à propos, et lorsqu’ils arrivaient, les pèlerins qui manquaient d’argent n’en souffraient pas moins de la disette. Les habitans des pays que traversaient les croisés, fuyaient leur approche , emportant tout ce qu’ils avaient (2), de sorte que les chrétiens s’avançaient dans des contrées désertes et stériles, n’ayant pas même l’espoir que la victoire vînt à leur secours , et leur livrât les dépouilles d’un camp ou d’une ville prise d’assaut.
Il ne s'agissait pas seulement de se procurer des vivres, mais de les transporter. Il paraît que dans les longues marches chaque croisé portait ses provisions. Ansberg nous rapporte qu’un pèlerin, traversant l’Asie mineure à la suite de l’armée , n’avait
(1) Robert-le-Moine, Coll, de Dachesne. {B iblioth. des C rois. )
(9.) Raymond d’ Agiles , Robert -le -Moine , Odoii de Deuil , Albert d’Aix, etc. {Biblioth. des C/vis. )
ni HÎSTOIHE DES CROISADES.
j)lus qu’un pain, et qu’il tua d’un coup de flèche un Musulman qui en avait neuf, ce qui l’approvisionna pour dix jours. Dès la première expédition, on employa des cliarriols , auxquels on fut obligé de renoncer dans les chemins difficiles. Frédéric 1er, en fit construire une grande quantité, non seulement pour les vivres et les bagages, mais poue les blessés et les malades; tout fut abandonné, , lors(|u’on eut traversé le détroit du Bosphore. Comment , en effet , des voitures attelées de chevaux ou de bœufs ferrés, auraient-elles pu s’avancer à travers des rochers et des précipices , sur des monts escarpés où, selon l’expression d’une chronique, les seigneurs et les prélats de l’armée s’aidant des pieds et des mains , marchaient à la manière des quadrupèdes (i).
Les historiens nous parlent des marchés que Frédéric conclut avec le roi de Hongrie, pour la fourniture des bœufs et des moutons. Dans une ville hongroise, deux édifices se trouvaient remplis de farine et d’avoine à l’usage des pauvres croisés. Des commissaires assignaient des logemens à l’armée chrétienne, dans lesquels on devait fournir les fruits des arbres, les légumes des jardins, et du bois pour le feu. A Philippopolis , non seuleUient on distribua des logemens, maison distribua aussi les terres, les vignes des habitans , de sorte que les pèlerins firent les moissons elles vendanges.
(i) Tagenon, Ansberg. {Diblioth. des Crois.)