‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 46 sur 209 · LIVRE XXI. f . Tl · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. f . Tl

couvert (îe crassç^et Je poussière, brûlé par le*^ soleil amaigri par la faim ,.ce qui achevait de les **» reudre méconnaissables. Pour éviter de fiinestes jYnéprkes; l’évêque du Puy avait ordonné aux soldats qui le suivaient, de se raser, de porter sur la poitrine une croix de métal , et de répéter à haûlo - '' v«ix, dans la mêlée, les mois de kyrie elejson (i).» ^ Les misères des croisés leur venaient presque toujours de leur imprévoyance. En arrivant sur les bords de l’Oronte, ils trouvèrent des amas de blé et des vivres de toute espèce. Au milieu de cette " abondance , ils dédaignaient les parties les moins exquises des bœufs et des agneaux (2) j un mois après leur arrivée , Fouclier de Chartres nous dit qu’ils mangeaient les tiges des fèves qui commen-çaient à croître, des chardons piquans qu’ils ne"* pouvaient assaisonner j ils dévoraient des chiens et des rats ; les plus misérables se nourrissaient de la peau*dc ces animaux, et ce qui est affreux à dire, ajôiile notre chroniqueur, les souris mortes et les graines qu'ils trouvaient dans les ordures, leur paraissaient un mets délicieux. Dans les longues marches et même dans les sièges, on n’était , pas toujours en garde contre le manque d’eau et de bois; souvent les croisés ^ pressés par la ^oif, furent réduits à boire leur urine, le sang de leurs

(1) I.’abbc Guibm, Coll, de Bongars. {^Biblioth, des Crois. )

('j) Raymond d’Agiles , Coll, de Bongars. (^Biblioth. des Crois. ) >

lllISTOlRE DES CROISADES. ;

jclievaux ([) ; on las y^yait, inâelicr des l^acinos, de ^ Ja lîcntc do cheval , ^Ics moltes-de lenc humide ; d’autres fois, comme on n’avail iii hois,'i^ roseau.x j ni herhes sèi-hj», jjour f;grc cuire la viaw^e dc;s* cheyanx et des;î)êles de somme , on faisait du feu ^ ^■ravcc des selles, des tentes, des arcs, des javelols fcCUmeme des vctemeriji (a). \ *

•Lorsque 'la famine pressait les croisés, ils iï*;i- ; valent souvent d’autres ressources (jue de ravager nne''province ; les pèlerins à pied élaienè chargi sr ^ .* de parcoui ir les campagnes .pour amasser des provisions. Ghillanniç de Tyr, en parlant d’une ex- péditiou contre Ip prince de Daines, rapporte qqe cette»" expédition éclioua , parce que l’infanlerio chrétienne, qui (levait approvisionner l’armée , fut ^ surprise et dispersée par les infidèles (3). ‘Les croisés n’épargnaiehCpas toujours les chrétiens ej^^iu-

tout les Grecs dans leurs excursions guerrières. 1 es

pèlerins regardaient Jésus- Christ comme le suprénTs pourvojeur des armées de la criiîSj, et les dépouilles des jjt^usulmans , quelquefois raém'edcs' chrétiens ,* cta^iit reçues dans le canip des croisés

comme les bienfaits du ciel* H'^nous reste uue^let-

tre d’innocent III, qurprouve que le chef même - de yÉglise n’avait ^s beaucoup de scrupule sur les moyens de se procurer des vivres, lorsqu’on en manquait. « Vou^ éfes dévoués, disait-il aux chefs • » de la cinquième croisade -, vousVles dévoués au

(i) ïudebode, Coll, de Duchcsiieti( .C/i/ioZ/i. des Crois.) (i) Ansberg Relation anonynjp, {Bihlioth, des Crois.) (1) Guillaiiiiic de Tyr, liv. xm.*'

*)igili2ed by

LîVr.E

jf.)y service du Cniciflé, à qui toute Ja-terre appar- < tient. Si on vous-refusait les provisions nëces- » saires,-il ne paraîtrait pas injuste que vous en » pris^ei partout» où vous pourrez eii'lrduver *

' n toujours, avec la ei'ainte%le Djeu, dans t’ insen- . » tion*de restituer , et sans faire violence, aux » personnes. » Dans le conseil qq’il donnait aux pèlerins, le pOntife s’a ppuyait»de d’exemple de Ge'déon, qui, ayant demandé inutilement du pain pour le peuple qu’il conduisait , ravagea. les terres ^ des villes ennemies , et breya une partie des liàbi- . trfhs avec les herbes des campagnes et les ronces '» du d^Scrt^i). Nous n’^yons pas besoin de dire que les cçôisés étaient naturellement portés à suivre les conseils du pape.* et qu’ils ne les attendaient pas pour se procurer les vivres qui leur étaient- néf t^ssaîres. . ' »■

Il faut^croire que la cupidité ou le besoin de s’enrichir, vint qur^uefoil Im secours des péle- ^ rins dans leur misère, et que Jes piïévoyances de •l’industrie suppléèrcrtl Souvent à celles' des., rois et des prinèes. Lis chroniqiies conten>poraines, lors- *" qu’elles décrivent une disell<ir oyi^une famine, ne iiiancjuerit jamais de déployer fa'' ch’erté excessive . des vivres (2) , ce quj-prouvequ’il y avait à la suite

(1) Spinas deserti et iribulos contrivil cum eis , et conimirniit viroÀ^occhob. Voyez l’analyse des lellres d’innocent III, Coll, de Duchesne. ( Bibliolh. des Crois.')

(•a) Tudebode, Baudri, Raymond d’Agilcs’. { Biblioth. des Crois. ) ‘ ^

loo

^TOlRE DES croisades!^'

des armées 3es marchands qui vendaient des pro-'*"*, visions. <îïous trouvons <l^s une chronique ah-* glaise; un règlement, publié par Richard, sur la vente du vin , du pain et de la viande dans l’armée chrétienne v(i). Après beaucoup de recherches, nous n’avons prf savoir quels nioyens on employait pour préparerde blé et le réduire en farine j les documens qui nous restent se bornent à nous apprendre que les^ croisés , «n traversant l’Asie, mineure, efsous les^raurs d’Antioche, avaient des moulins à bras. L’histbiijc ajoute qu’cm^'cuiployalt à tourner ces mouliîis les femmes musulmaBes que le sort de la guerre avaîkdait tomber aux'mains 'des chrétiens. Gauthier Viuisapf rapporte*qu’au siège de Ptolémaïs les Allemands construisirent une machine pour moudre du blé. Cette mathine, qui présentaîîTa*Spect d’un chîtteaulbrt, était misé en mouvement par des chevaux j les mfeulestour^ naient avec un si grana bruif,'que les Musulmans prirent cette'conslrùctlon^ouvelle pour une machineule guerre, et qu’ils furent saisis d’eflroi.'* Lorsqu’on 'abandonna«la roule de terre et qu’on prit celle de ja meri^ il devint moins difficile d’approvisionner les armées chrétiennes;. Néanmoins la disette désolait encore la lîmllitude des croisés, toutes les fois qu’on était arreté par le siège d’une ville ou par une résistance inattendue de l’ennemi. ' ^Pendant le siège d’Acre , on éprouva une famine si

(i) Brumptoii, Coll, des chroniques anglaises. ( des Crois. 1 •

. LIVRE XXI. , ^ lor crnclîo , (ju’on vit des chevaliers , poussés par la faim, voler publiquement du pain chez les. marchands (i). Une chronique rapporle quê Louis IX avait fait.transporler dans laie de Chypre assez de vivres pour nourrit* vingb mille hommes pendant six ans (2) , mais lorsque l’armée française ÿorlit de Damiette, il no restait plus riqn de tant de pro-visionsj et parmi les ‘fléaux qui accablèrent les croisés sar les bords du Thanis, la disette ne fut pas celui dont ils eurent le moins à souffrir. La .seule croisade où les cris de la farm ne se mêlèrent y point au bruit des combats, et aux hymnes de la victoire, fut celle de Constantinople. Les Vénitiens s’étaient engagés à approvisionner pour un an l’arjiiée des croisés; le’ traité fut exécuté fidèlement, et les vivres ne manquèrent point. • ■■

Sauuti a donné les détails les plus minutieux sur l’approvisionnetnenl des Hottes qui transportaient les pèlerins en Orient. Il calcule les dépenses qu’occasionnait la foyirnilure*des vivres, pour dix', pour cent , pour mille et pour cent mille soldats de la croix. Il indique les provisions dont on devait * SC pourvoir; il dit à quel prix il fallait acheter les vivres et comment il fallait les distribuer. Ainsi Ja sage prévoyance donnait d’utiles conseils ; mais ces conseils fuirent rarement suivis , et

( I ) Rien ii’esl pins euHeux que le récit fjü’a fait Gauthier Vinisauf dft.la^famiiie des croisés au siégé de Ptolémaïs, ( Biblioth. des Crois. ) ^ <

(2) ,Vo3’cz les détails que Joinville a donnes à ce sujet.

•• 102 '.fHISTOlRE DÈS cridiSA.DES.

la diselte exerçait presque toujours de grands ravages parmi les croisés. Il mourut beaucoup plus de pèlerins par la'faniine que par le glaive j aussi nos pieux clironiqueilrs cliercliaicnl-il^à se per- < suader que' ceux qui mouraient de faîm étaient aussi (tes^yîartyrs , et qu’ils devJiq^t être admis dans le ciel à se ‘nourrir du pain d<^s anges (^i). ■Lorsqu’on wit les moyens qu'on avait pour entreprendre et poursuivre des expéditions’ Ibintaines , "'■'comme celles de l’Orient, e% qu’on les compare aiix ressources‘qu’oD déploie aujourd’hui pour la guerre Ja plus ordinsÿre , on sent bien davantage^' ce qu’il, y await de courage et de résignation dans les générations quT ont fait les croisadés. Il faut ajouter quela plupart des pèlerins supportaiq||^t d’autant plus la disette', qu’ils avaient souvent à souffrir de ce fléau dans leur propre^ pays. Des liomiîies qui se nourrissaient de tout ce i^’ils trouviwent , q;jême de la cliair des Sarrasins,j)Ou»aient résister mieux que beaucoup d’autres aux tetriblds épreuves d’une croisade , et méritaient bien que leurs ennemis les a^ipelassent ime nation de Jbr. , . ^

(i) L’abbe Guibcrl , Coll, du Rpngar%. {Bihliolh. des Crois.) ' tÊ,,. ^ ^

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r CHAPITRE XI.

DES AIUIES DES GBOJSÉS ET DE LEUJt M^ftîlÈnE DE 'i COMBATTRE.

Pour sai^oir quelles tUaienJtJes armes des croises, il suffîr^ de couiiaitrc xelles do'nl otf se sefvaitau moyen ûgé. On ne des'ait pas être armé d’une manière uniforme dans ces 4»uerres où coiribaltaièîit ensemble vin"t nations dilférenles. Nous nous couptcnlerons de parler des armes le plus généralement en usage. Les armes olFensivcs étaient la lance de tremble ou de frêne, terminée en fer aigu, ornée Iç plus souvent d’une banderolle; l’épée longue et large ,^\rânch.'y)le (.Vun seul côté; plusieurs sortes de flèches du de javelots , la hache et la inassue. Parmi les înnies défensives, on distinguait les boucliers à formé ovale ou esyrée, le haubert ou jaquesrde-maillq , tissu de fils d’acier; le^asque ou "^le heaume surmonté d’un cimier et d’un chaperon, la colte-i<J’armcs, le^gobisson de cuir’ou de drap, doublé de laine ; la. cuirasse ou pfcstron d’acier ou de feiî (i). Nous ne voyons nulle part que les croi-

(i) Jlisloire de la iiiilici’ française , par le P. Daniel; MéniQtrcs sur l'ancienne checalerie^ par L. Mange; Monarpiiie //wHrrt/Ve, par Monlfaucon. "

io4 HISTOIRE DES CROISADES. • ^

ses , surtout dans les premières expe'dilions,’ fussent couverts d’une armure pesante, comme les guerriers du quinzième siècle. Cette armure eût < été trop incommode pour parcourir des pays in-’ ^ connus y*^our traverser des rivières, des montagnes , et porter la guerre dans des climats lointains. jfi

La laîice des croi^sTit de grands ravages dans la première expédition , où celte arme n’ét^t point employée par les Sg^rasins. L’épée des guerriers francs devait -porter des coups VedoutablCT', si on en juge par les exploits vigoureux de Godefroi de Bduillon ,*'de l’empereur. Conrad , de Robert de Normandie , et de plusieurs autres chevaliers de la croix (ï). Lèurs boucliers et leurs cuirasses- dou- . blées de laine , suffisaient pour arrêter ou amortir les flèches des Musulmans; une expression familière aux chroniqueurs en nous montrant les croisés sur le champ de bataille , le^Orps ^hériàé 'de ja-' velots, c’est de nous dire qu’ils étaient 'semblables à des porcs-épics. Un historien anglais compare Richard sortant de la n\êlée, ses habits tout percés de flèches^ une pelote couverte d’aiguilles (2),: les pèlerins d’Europe , avec leur bouclier de bois , de** cuir ou d’acfer, leur cuirasse noire , leuk casque de fer et de bronze , leur tunique de serge de Reims , leurs chevaux couverts de mailles j-^ré- » »

(i) Robert-lc-Moine , Odon de Deuil , Raoul Dicct.

( BiWofh. des Crois. )

(i) Gauthier V iuisîiuf. {Biblioth. des Crois.)

' - LIVRE XXI. iü5

sfulaicnt àî’OriciU uii s^eclacle nouveau. Les Sarlasius qui, au sicf'c de Ptolénia'ii , les apercevaient lies hauteurs du Rarouba , sortant eu foule de l(Mir camp, croyaient voir, selon l’expression dqf cliroviques arabes, des serpens écaillés et d’innombrables fourmis courir et s’élendre sur de vastes plaines (i). Raoul de Caen, en parlant'de la bataille de üorylée, nous représente les. croisés, brandissant leurs lances, tirant le glaive, couvrant leur» . poitrines de, leurs boucliers écb^perés. Le sultan de Nicée^^i .QU eu .croitdes. cbroni(jues conleniporaines,;jdisait aux Aiabes qui lui* reprochaient sa fuite : « Les lances des Francs brillent comme » des astres radieux ; leurs cuirasses et leurs bou- » cliers jettent des feux pareils à ceux de l’aurore )). au printeenps , et le bruit de leurs,arines est plus » redoutable. que celui de la foudre (2). » <

Les machines de guerre employées dans les.croi-. sades étaient les mêmes que chez les Romains j on y voyait le bélier, grosse poutre arniée, d’une masse de fer , qu’on poussait contre les murailles avec des cables et des chaînes ; le musculc , qui mettait à l’abri les travailleurs , et que le cuir et les briques défendaient de V^jlteintc du fer et des pierres^/ le pliiteus et le vinba , couverts d’une peau de bœuf ou de chameau , sous lesquels se plaçaient

des solda^jCbargés de protéger ceux qui montaient

(i) Boha-eddin , aulcurâ*- arabes , xlvii , mv , etc.

( Bihliolh. des Crois. ). ’■ '

(a) Rübcrl-Ie-Moiuc, Coll, de Boiigirs. {Bill, des Crois.')

’lOG HISTOIRE DES CÜiOISAOfe.

à l’assaiiL; les catap^llcs ('C^s l0ll(st(‘s , d’oiï pa# laieuurenormes jai^Iols, cl qui lançaient des quar-x tiers de rocs, et -qne*f?juerüis inepid nèiîs cadaviics d’ljoni»ies et d’animaux ; enfin , les. tours ruulaules à plusieurs étages, doni les Sj^jiïmcls domi^^ naieiit'les murs,.dl contre iesqqplles les assièges n’avaient d’jjfuH c nio^cn de défense que l’incenilieiCi). Idaifs ifcs çieges de JA*ii<?alein , de PlbléîiiUÏs et de DaTiiiette , les chevaliers de la croix inventèrent ou ffectionnèrent une ijjulc de machines qui porta ientjreffioi parmi «'s*Sarrasins.'' L’iiistoirencontemporaine n’a point oUBRé la tour roulante de GodelVoi/de Bouillon , qui a mérité d’élre nienlftinnée par le chevalier d^Follard^^et çetle macliine flottante, ouvrage d’un pauvre prêtre de Cologne, à-^^e de laquelle les^hfétiens s’e^in-' jiarèrent de la'lour bâtie au milieu ttftiNik' iT ^ .Dans la première guerre sainte, on employa l’arbalète, dont'^t’ne Comnène nous a laissé.4j^ne des- • fcription. Ony renotifa dans les croisades suivantes, jxirce que le coneile de Latiau l’avait défendue ■conwne une arme trop homicide. Celte défense , <jui fut renouvdlée p^¥ le.s papes et* plusieurs W;onciles , mérite de fisjür n’^ottention de l’histoire. On a remarqué (jne les croisés n’cmprunlèj«pt pres-

çi j Rien ii’esl plus obscur qùc ce qui a t.le djl jusqu a ce jour, louchant les riWliines dé gucïm.au mojxn âge. Ou peul consulter avec fruit Y Histoire de }<i milicéÿÇrançaise , par le P. Daniel. V

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